Les rois navigateurs 3

Titre : La Terre de Brumes
Cycle : Les rois navigateurs, tome 3
Auteur : Garry Kilworth
Éditeur : Mnémos / Le livre de poche
Date de publication : 2007 / 2009

Synopsis : Le temps est venu pour Kieto d’accomplir son destin : conquérir la terre de Brumes, cette île de légende où vivent les mystérieux hommes blancs. Grâce au courage du jeune homme, le Peuple du Vent a appris à maîtriser l’art de la guerre des Maoris. Les bateaux sont bientôt prêts, des offrandes sont faites aux dieux, l’armée polynésienne est en marche. Mais le Peuple du Vent devra affronter les mers déchaînées, les forces de la magie, et passer par bien des tragédies avant d’atteindre les terres inconnues des Scots et des Picts. Des terres froides et pluvieuses aux couleurs changeantes, où se jouera leur destin et celui de leurs dieux.

Note 4.0

Il imaginait la vague de terreur qui devait transpercer l’armée angle comme la peur pétrifie un troupeau de daims voyant une meute de loups affamés pour la première fois. Pourtant ils restèrent campés là sans faillir. Pas un homme ne s’enfuit devant cette horrible vision. S’il y avait des démons à combattre, qu’il en soit ainsi. Ils combattraient des démons. Envoyez les géants, les dragons et les gnomes, tant qu’à faire ! Un combat était un combat, et la gloire attendait le guerrier, qu’il vive ou qu’il périsse, tant qu’il ne fuyait pas.

 

Amateurs de fantasy sortant des sentiers battus et au cadre exotique, découvrez sans tarder la trilogie des « Rois navigateurs » de Garry Kilworth qui nous entraîne dans un voyage au cœur des territoires océaniens antiques. Un cadre incontestablement plus original que le très à la mode « médiéval fantastique » (pour lequel j’ai malgré tout beaucoup d’affection) et qui permet aux lecteurs de faire connaissance avec une civilisation dont il est généralement peu fait mention dans les romans occidentaux. « La Terre de brumes » étant le dernier tome de cette trilogie, on est maintenant presque totalement familiarisé avec les usages polynésiens, que ce soit en ce qui concerne la vie quotidienne, le rapport aux dieux et ancêtres légendaires, ou encore le vocabulaire. Si le second opus c’était révélé un peu trop répétitif et en cela un peu en deçà du premier, Garry Kilworth redresse la barre avec ce troisième tome dans lequel le lecteur voit enfin se concrétiser un événement qu’il attendait depuis le début du récit : la rencontre entre les peuples de Polynésie et ceux de la Grande-Bretagne (qui a pris sur la carte la place de la Nouvelle-Zélande). Une rencontre qui s’annonce mouvementée, l’objectif premier des Océaniens étant de donner une bonne leçon aux tribus celtes afin de les décourager d’un jour venir s’en prendre à leurs îles.

L’auteur adopte plus ou moins le même schéma ici que dans le précédent volume si bien qu’on assiste une fois encore à de multiples confrontations entre les héros du roman et diverses créatures surnaturelles appartenant cette fois aussi bien à la mythologie polynésienne que celtique. Des scènes tour à tour oniriques, inquiétantes ou au contraire humoristiques qui permettent de mieux appréhender les différences entre ces deux cultures que l’on aurait jamais imaginé être confrontés l’une à l’autre. Garry Kilworth a néanmoins l’intelligence de ne pas se contenter de pointer du doigt les nombreuses divergences opposant les civilisations celte et océanienne, et cherche au contraire à trouver des ponts susceptibles de rassembler les deux peuples. Les scènes au cours desquelles des représentants de chaque nation font étalage de leurs prouesses artistiques ou guerrières afin de faire découvrir à l’autre les spécificités et la richesse de leur culture sont particulièrement réussies. Il en va de même des scènes de bataille qui, bien que souvent secondaires, n’en offrent pas moins au lecteur de beaux moments épiques qui nous permettent au passage d’en apprendre davantage sur les différentes (mais toutes aussi efficaces) techniques de combat employées par les deux peuples.

 

Un troisième tome très réussi qui met le point final à une trilogie de qualité nous entraînant pour une fois hors des territoires Européens ou Orientaux. L’abondance et la minutie des recherches effectuées par l’auteur sur le sujet permettent aux lecteurs d’en apprendre beaucoup sur cette civilisation océanienne pour laquelle il est difficile de ne pas se prendre d’affection et que l’on quitte non sans regrets. Une belle découverte.

Voir aussi : Tome 1 ; Tome 2