I comb Jesus

Titre : I comb Jesus
Scénariste / Dessinateur: Jean-Philippe Stassen
Éditeur : Futuropolis
Date de publication : 2015

Synopsis : De juillet 2007 à septembre 2013, Jean-Philippe Stassen a réalisé cinq reportages regroupés et présentés dans I comb Jesus. Ces reportages ont été effectués au Rwanda, au Congo, en Belgique, en Espagne, au Maroc, en France et en Afrique du Sud. Dans tous ces reportages, Jean-Philippe Stassen écoute et dialogue avec d’anciens enfants soldats de la région du Kivu, des rescapés du génocide rwandais, des Congolais et Rwandais de Bruxelles, des migrants à Gibraltar ou encore, à Johannesburg, avec le peintre et dessinateur sud-africain Anton Kannemeyer. Il ne prétend pas à l’objectivité, il n’hésite pas à donner son point de vue, mais il le fait sans fard, sans ostentation, sans posture. Il ne se prend pas non plus pour Tintin. Hergé, écrit Jean-Philippe Stassen, « plaquait les clichés de son époque sur un pays qu’il n’avait jamais visité. » Lui réfute d’emblée les clichés pour raconter les pays qu’il connaît, notamment ceux de l’Afrique des Grands Lacs.

Note 3.0

Merde ! Ce sont toujours les mêmes questions que posent les étrangers. Pourquoi les Blancs d’Afrique du sud devraient-ils être plus attentifs et se sentir davantage concernés par les problèmes et l’histoire des Noirs de leur pays ? Pourquoi le devraient-ils plus que les Européens par rapport aux ressortissants de leurs anciennes colonies ?

 

Congo. Rwanda. Afrique du sud… Autant de pays africains déchirés par de violents conflits internes aux causes et conséquences complexes pas toujours bien connues des Occidentaux. A travers ce roman graphique, le dessinateur Jean-Philippe Stassen nous propose une petite incursion sur le continent africain par le biais de cinq reportages couvrant différentes zones géographiques. L’auteur nous entraîne tour à tour aux alentours du détroit de Gibraltar pour aborder la question de l’immigration africaine en Europe (« Les Passages »), à Johannesburg dont on explore les rues en sa compagnie (« A l’école de l’Art »), mais aussi en Belgique où l’on fait la connaissance de sympathiques membres des communautés rwandaises et congolaises installés là-bas (« Matonge sur Senne »). Les deux reportages les plus passionnants restent cela dit ceux consacrés au Congo (« Je peigne Jésus ») et au Rwanda (« A propos des revenants »). On découvre dans le premier l’histoire d’un ancien enfant-soldat qui nous relate ce qu’était son quotidien, avec tout ce que cela comprend d’horreurs et de souffrances. Le second récit se focalise quant à lui sur l’après génocide de 1994 et revient aussi bien sur le sort des Sopecya (survivants du génocide) que sur celui des réfugiés fuyant le Rwanda pour les pays voisins, qu’il s’agisse de civils ou d’Interhamwe (miliciens ayant participé aux massacres des Tutsis).

I comb Jesus planche 1

Les cinq reportages sont de qualité variable, certains s’apparentant davantage à une succession de rencontres sans réel lien les unes avec les autres, comme c’est notamment le cas dans « Les Passages » et « A l’école de l’Art » auxquels je n’ai pas accroché. Si on peut regretter le caractère un peu « brouillon » de certains récits qui peinent à choisir dans quelle direction aller, les reportages se font cela dit beaucoup plus passionnants lorsque l’auteur choisit de se focaliser sur l’histoire d’un personnage ou d’un groupe de personnages avec lesquels on se sent tout de suite plus en empathie. C’est le cas avec le jeune Arnold, ancien enfant-soldat, enrôlé de force à douze ans alors qu’il revient de l’école, et dont on suit toutes les étapes vers un retour à une vie « normale ». L’avantage de ces reportages plus « ciblés » est également de mettre en lumière le travail effectué sur place par divers groupes ou associations chargés d’aider les anciens enfants-soldats à retrouver des membres de leur famille, ou bien d’accompagner les soldats ayant décidé de se démobiliser et de laisser la guerre derrière eux. L’auteur est cependant souvent très succinct dans ses explications concernant le contexte local ou la suite d’événements ayant abouti à la situation actuelle au Congo. Or, si Jean-Philippe Stassen possède sans aucun doute une excellente connaissance du contexte africain, ce n’est pas nécessairement le cas du lecteur qui peut à de multiples reprises se sentir perdu.

I comb Jesus planche 2

Un roman graphique très bien documenté dévoilant plusieurs facettes du continent africain et les évolutions qu’il a connu ces dernières années. L’ouvrage aborde ainsi des sujets aussi variés que passionnants de l’émigration africaine aux enfants-soldats en passant par le génocide rwandais ou l’Afrique du sud post apartheid. Si deux des reportages se révèlent instructifs et particulièrement prenants, on peut cependant regretter que les trois autres ne soient pas du même niveau et paraissent un peu trop « fouillis ». Bilan mitigé, donc.