Kiki de Montparnasse

Titre : Kiki de Montparnasse
Scénariste : José-Louis Bocquet
Dessinateur : Catel
Éditeur : Casterman (collection Écritures)
Date de publication : 2007

Synopsis : Jamais Kiki ne fera la même chose trois jours d’affilée, jamais, jamais, jamais !

Note 4.5

Ce que je veux, moi, belle Kiki, c’est faire de toi une véritable étoile, la reine de Montparnasse ! C’est avec moi que tu deviendras un mythe !

 

Une coupe au bol, de grands yeux soulignés de khôl, des lèvres pleines peintes en rouge, un corps bien en chair mais idéalement proportionné : Alice Prin, plus connue sous le nom de « Kiki de Montparnasse », est incontestablement l’une des figures les plus incontournables du Paris de l’entre-deux guerre. Muse et amante des artistes les plus réputés de l’époque, chanteuse, danseuse, peintre, actrice de cinéma… la jeune femme séduit tout Montmartre par sa joie de vivre, son caractère bien trempé, son indépendance revendiquée et son physique si particulier. Kisling, Foujita, Gargallo, Modigliani, Man Ray… personne ne résiste à Kiki, modèle des plus grands peintres et photographes qui la représentent sous toutes les coutures et lèguent ainsi à la postérité certaines de leurs plus grandes œuvres tel « Le violon d’Ingres », justement choisi pour illustrer l’ouvrage de Catel et Bocquet consacré à la star de Montparnasse. L’ouvrage est imposant (plus de quatre-cent pages) et nous dévoile avec un luxe de détails et par le biais de graphismes en noir et blanc, sobres mais soignés, ce que fut la vie de cette femme qui fut l’une des figures les plus charismatiques et les plus controversées des années 1920 et 1930.

Kiki de Montparnasse planche 1

Au vue de l’abondance de références bibliographiques proposées à la fin de l’ouvrage, difficile de douter de l’importance et du sérieux du travail de documentation effectué par Catel et Bocquet afin de retranscrire au mieux l’ambiance du Paris de l’époque, ville cosmopolite accueillant des artistes du monde entier et où se développent et se rencontrent les courants de pensées les plus avant-gardistes. C’est dans ce milieu foisonnant qu’évolue Kiki, née Alice Prin, dont on découvre d’abord l’enfance à Châtillon-sur-Seine, l’arrivée à Paris et les difficiles relations entretenues avec sa mère, le début de sa vie de modèle pour Soutine, Modigliani ou encore Foujita, et puis la gloire, la reconnaissance. Tout Paris se l’arrache ! La jeune fille devient la muse des plus grands, à commencer par Man Ray dont elle devient l’amante et qui l’introduira au sein des courants dadaïste et surréaliste où elle fera la connaissance de Tristan Tzara, Louis Aragon, André Breton (qu’elle n’apprécie d’ailleurs pas beaucoup , Paul Eluard… Elle enchaîne les succès, les amants aussi, de Man Ray à l’accordéoniste André Laroque en passant par le journaliste Henri Broca, sans compter les marins et peintres de passage à qui elle se donne avec générosité et une joie de vivre communicative.

Kiki de Montparnasse planche 2

Kiki ne semble pas désireuse de s’embarrasser des carcans que voudrait lui imposer la société : elle dit ce qu’elle pense, couche avec qui elle veut, quand elle veut, et entend bien être traitée avec respect. L’ouvrage montre également très bien les nombreuses souffrances que la jeune femme tentent au mieux de surmonter mais qui finiront par la rattraper : sa peine et sa colère lorsqu’on la prend pour une vulgaire putain, son désespoir de ne pas parvenir à avoir un enfant de Man Ray avec lequel elle vit une histoire d’amour passionnelle mais aussi destructrice… Kiki entend bien malgré tout jouir de tout ce que la vie a à lui offrir, jusque dans l’excès. Cocaïne, opium, alcool…, la jeune femme s’empâte en vieillissant et rencontrent de graves problèmes de santé. Elle mourra en 1953 et sera enterrée au cimetière de Thiais où peu de ses anciens amis de la belle époque viendront lui rendre hommage. Un parcours surprenant pour une femme au physique si atypique et au caractère si volcanique à laquelle on ne peut s’empêcher de s’attacher.

Kiki de Montparnasse portrait

Catel et Bocquet réalisent avec cette biographie illustrée un superbe travail de documentation mettant en lumière l’une des figures les plus emblématiques du Paris des années 20 qui aura provoqué une émulation artistique rarement égalée autour de sa personne. Chapeau !

Voir aussi : Olympe de Gouges