Thumb Print

Titre : Thumb Print
Scénariste : Jason Ciaramella (sur la base d’une nouvelle de Joe Hill)
Dessinateur : Vic Malhtra
Éditeur : Panini Comics (IDW)
Date de publication : 2014 (décembre)

Synopsis : Dans la prison militaire d’Abou Ghraib, le soldat Mallory Grennan a commis des actes qu’elle préférerait oublier. Lorsqu’elle rentre chez elle, la jeune femme essaie d’entamer une nouvelle vie. Mais le sentiment de culpabilité persiste, comme si la mort et la violence laissaient dans leur sillage une empreinte indélébile…

Note 3.5

 Mal s’en réjouit. Elle voulait quitter la prison, les couloirs sombres des blocs 1A et 1B, leur odeur de vieille pierre humide, d’urine et de scrotums suintants. Elle voulait quitter les villages de tentes qui abritaient l’ensemble de la population carcérale, les foules enchaînées qui la suppliaient, quand elle longeait le périmètre à pied, tandis que des mouches noires leur sillonnaient le visage. Destination : putain de partout ailleurs que sur cette planète.

 

Décidément, le duo Joe Hill et Jason Ciaramella est une équipe qui roule ! Après « The Cape », adaptation en comic du texte éponyme de Joe Hill, Jason Ciaramella remet le couvert et s’attelle cette fois à « Thumb Print », nouvelle sombre et sanglante consacrée à la découverte au début des années 2000 des actes de torture commis par des soldats américains à la prison d’Abou Ghraib, en Irak. L’ouvrage proposé par les éditions Panini a l’avantage de réunir à la fois le comic et la nouvelle d’origine par laquelle il est, à mon sens, préférable de commencer afin de se faire sa propre représentation des personnages et des événements relatés. On y fait la connaissance de Mallory Grennan, ancienne soldate mobilisée en Irak et dont on apprend qu’elle fait partie de ces Américains ayant torturé des prisonniers. Le texte est court mais fait mouche, dévoilant toute l’horreur de cette guerre dont les bourreaux sont aussi les victimes. Les scènes ayant lieu dans la prison d’Abou Ghraib sont difficilement soutenables, aussi bien en raison de la cruauté à laquelle font face les détenus, mais aussi et peut-être surtout à cause du détachement total des tortionnaires, abrutis de fatigue et d’excitants et comme déconnectés de la réalité.

Thumb Print planche 1

La nouvelle est donc réussie et, dans une moindre mesure, l’adaptation aussi. La plupart des changements opérés par Jason Ciaramella ne gênent en rien la teneur du récit, mais on pourrait malgré tout en regretter certains qui changent un peu la perception que l’on peut avoir de Mal, l’ « héroïne » du récit. Le comic a en effet un peu trop tendance à la présenter comme plus sympathique et plus « éveillée » que dans la nouvelle où la jeune femme paraît, à l’inverse, presque fonctionner en pilotage automatique, comme si tout ce qu’elle avait pu être, tout ce qui faisait d’elle un être humain avait disparu dans les geôles d’Abou Ghraib. Or c’est justement là que le récit de Joe Hill est à mon sens le plus troublant. Je n’ai pas non plus été particulièrement enthousiasmée par les graphismes de Vic Malhotra, trop dépouillés et sans émotion. L’ouvrage se termine par le résultat de la toute première collaboration entre Jason Ciaramella et Joe Hill, l’adaptation de « Kodiak » illustrée par Nat Jones. Rien à voir avec l’Irak ou les États-Unis puisque le récit est ici d’ambiance médiévale et est consacré à la mésaventure vécue par un cracheur de feu s’étant approché de trop près de la sœur d’un homme puissant. Divertissant et visuellement plus attractif que « Thumb Print ».

Kodiak

Une histoire troublante comportant une bonne touche de gore mais aussi et surtout de psychologie. Thumb Print » est donc un ouvrage de qualité valant le coup d’œil, moins pour l’adaptation de Jason Ciaramella que pour la nouvelle de Joe Hill qui se suffit parfaitement à elle-même. Âmes sensibles s’abstenir…