Herakles 1

Titre : Herakles, tome 1
Série : Herakles, tome 1
Scénariste et Dessinateur : Edouard Cour
Éditeur : Akiléos
Date de publication : 2012

Synopsis : Une relecture du mythe d’Hérakles, fils de Zeus le roi des Dieux et de l’humaine Alcmène (fille d’Amphitryon et d’Electryon, lui même fils d’Andromède et de Persée, lui-même fils de Zeus et de Danaé). Une version haute en couleur pour découvrir ou redécouvrir l’histoire épique du plus célèbre des demi-dieux de l’antiquité grecque.

Note 3.0

Bon, je reconnais que celui-là l’avait un peu cherché. Mais je pense vraiment que tu devrais essayer de discuter avant de les tuer ! Si ça se trouve, il s’agit la plupart du temps de simples malentendus. Je suis sûr que vous pourriez vous trouver plein de points communs. Celui-là, par exemple, avait l’air stupide !

Avec ce premier tome d’Herakles d’Edouard Cour, Akiléos honore les récits grecs qui ont dû inspirer son nom.

Que peut ainsi nous proposer une énième version des travaux d’Hercule par le jeune Edouard Cour ? À brûle-pourpoint, nous découvrons dans les premières cases un guerrier pataud, pas très finaud et plutôt enclin à tenter le diable par tous les moyens. Et oui ! Hercule, ou plutôt Herakles car nous sommes dans un récit très grec et non latin, est peint, sculpté et raconté d’une façon beaucoup moins athlétique et esthétique qu’à l’accoutumée. Bourrin et franc-tireur, le demi-dieu, fils du dieu des dieux, Zeus, et de la mortelle Alcmène, porte d’ores et déjà un caractère attirant la sympathie du lecteur. Il fait des erreurs, il se découvre lui-même, en somme il est, dès le départ, en plein parcours initiatique, alors même que nous le découvrons à peine.

Pourtant, ce n’est pas là ce qui va vous faire tiquer en premier. Le dessin est, lui aussi, des plus atypiques. De grands traits de crayon pour esquisser les personnages alternant avec de vastes aplats dans les décors, une colorisation bien souvent monochrome qui tranche avec la nature flamboyante de certains paysages, un aspect granuleux dans certaines poses épiques qui renvoient à un imaginaire de statues grecques : tout cela ne fait pas forcément naturel. Et c’est le but, car nous sommes bien là dans un récit mythologique assumé. La couverture nous donne d’ailleurs déjà le ton : monochrome et expressif, le visage accrocheur d’Herakles nous toise d’un air décidé et franchement pas commode. Edouard Cour utilise donc un trait atypique, mais qui se révèle astucieux sous deux aspects primordiaux : d’abord l’hellénisme (le caractère polysémique de ce terme me gêne, mais il y a bien un caractère « grec » dans ces graphismes) avec des visages très heurtés ainsi que des décors notamment architecturaux qui parleront au plus grand nombre, et le mouvement ensuite, puisque le personnage principal passe le plus clair de son temps à courir partout et jouer de ses armes favorites (arc et flèches, lances et autres massues) qui demandent un art du déplacement certain.

Du point de vue du scénario, enfin, l’auteur suit plutôt scrupuleusement ce que nous pouvons déjà connaître des aventures, des travaux d’Herakles à partir de son attachement aux ordres du roi de Mycènes. Toutefois, il n’empêche qu’Edouard Cour utilise à bon escient les esprits de certains morts pour accompagner son héros et ainsi affubler son récit de quelques dialogues cocasses. L’humour de la situation (avec quelques termes grecs anciens en prime) et le ridicule de certains travaux associés à la force insolente d’Herakles font le sel de ce premier tome. Pour agrémenter tout cela d’un peu de mystère, l’auteur place ça et là quelques lignes scénaristiques pour la suite de sa trilogie sur le pouvoir d’Hera et le pourquoi des travaux, de ce nom « Herakles », sur le destin des proches du héros (parfois drôle, souvent tragique) et même sur l’éventuelle conclusion à ces travaux normalement irréalisables.

Déjà huit travaux de passés dans ce premier volume d’une série qui doit en compter trois et le deuxième tome doit conclure les douze travaux d’Hercule, parmi les plus spectaculaires et retentissants, cela promet. Nous pourrions bien sûr reprocher ici ce défilé très rapide des événements, mais cela se fait tellement naturellement que nous avons là une lecture très agréable. Un héros foncièrement sympathique au lecteur, un destin forcément tragique et des événements épiques tournés en ridicule, que demande le démos ?

Voir aussi : Tome 2 ; Tome 3

Autres critiques : Yaneck Chareyre (Chroniques de l’Invisible)