Merci pour ce moment

Titre : Merci pour ce moment
Auteur : Valérie Trierweiler
Éditeur : Les Arènes
Date de publication : 4 septembre 2014

Synopsis : Un jour, un amour violent a incendié ma vie. Il avait quatre enfants. J’en avais trois. Nous avons décidé de vivre ensemble. Mais la politique est une passion dévorante. Parti de très loin, François Hollande a été élu président de la République. J’ai été aspirée dans son sillage.
Le pouvoir est une épreuve pour celui qui l’exerce, mais aussi pour les siens. À l’Élysée, je me sentais souvent illégitime. La petite fille de la ZUP en première dame : il y avait quelque chose qui clochait.
J’ai appris l’infidélité du Président par la presse, comme chacun.
Les photos ont fait le tour du monde alors que j’étais à l’hôpital, sous tranquillisants. Et l’homme que j’aimais a rompu avec moi par un communiqué de dix-huit mots qu’il a dicté lui-même à l’AFP, comme s’il traitait une affaire d’État.
Tout ce que j’écris dans ce livre est vrai. Journaliste, je me sentais parfois à l’Élysée comme en reportage. Et j’ai trop souffert du mensonge pour en commettre à mon tour.

Note 1.0

Que faire de ma collection de Paris-Match ? Je ne peux pas tout conserver. J’en feuillette quelques-uns. L’un des numéros retient mon attention. Il date de 1992 ; Mitterrand est en une, la France est en pleine crise économique et politique. Édith Cresson est Premier ministre, mais c’est un véritable désastre. « Pendant ce temps-là, Mitterrand joue au golf, se promène sur les quais et fait les librairies », tel est le titre du journal. Ce n’est pas une attaque, mais au contraire une manière de souligner combien ce Président sait garder son sang-froid et prendre de la distance. Dieu que les choses ont changé ! Aujourd’hui, plus rien n’est permis, pas même quinze jours de vacances au Fort de Brégançon après un an et demi de campagne. Autres temps. En 2012, la presse s’est scandalisée du visage bronzé de François et de nos sorties sur la plage, quand la moitié de la France était en vacances. Vingt ans plus tôt, elle s’émerveillait d’un Président qui savait jouer au golf au cœur de la tourmente politique…

Merci pour ce moment, titre ô combien ironique et mensonger vu la teneur de cet ouvrage, lança sa campagne promotionnelle de manière plutôt bancale mais diablement efficace pour nos médias et nos concitoyens toujours avides de scandale.

À l’image de sa relation avec François Hollande, président que chacun appréciera comme il l’entend, ce n’est pas le propos, Valérie Trierweiler cultive deux images complètement opposées dans son ouvrage (ni roman, ni essai, ni documentaire) sur ces quelques mois de fin 2013 et début 2014. D’un côté, elle use de son banal et total droit de femme bafouée ayant besoin de se reconstruire après un événement sentimental traumatisant. De l’autre, elle commet ce constant mélange, que tout un chacun, ou presque (il n’y a pas beaucoup de bons vaccinés, mais il y en a), finit par commettre en étant exposés à l’opinion publique : ce mélange entre les intérêts personnels et les intérêts des « Français », qui fait bien trop souvent dire « Les Français pensent que… » ou bien « moi, je suis comme les Français ». Rien n’est plus gênant pour moi : ici en particulier, les Français sont censés prendre fait et cause pour l’auteur, puisque la situation du pays est mauvaise ; le lien direct me gêne et me semble complètement dépassé.

L’auteur confie rapidement que l’idée de ce livre lui est venue très rapidement après l’annonce des infidélités de François Hollande (heureusement le « Ma plus belle histoire c’est vous » de Ségolène Royal ne s’intéressait pas qu’à ses déboires sentimentaux et surtout familiaux, après avoir été trompée par le même homme) ; c’est fou cette manie prise par de nombreuses personnalités de vouloir tout raconter dans un livre, de la manière la plus publique, avec le moins de recul possible, des choses que nous pourrions imaginer conserver dans une sphère tout à fait privée. Or, c’est triste à dire, mais l’histoire de Valérie Trierweiler est d’une confondante banalité. Bien sûr que sa rupture avec le Président de la République est horrible à gérer et que les détails ne sont jamais jolis à raconter, et que celui qui n’a jamais connu d’histoire d’amour qui finit mal lui jette la première pierre ; toutefois, est-ce une raison pour en faire un livre ? À part devenir subitement millionnaire en gagnant des mille et des cents sur si peu, sur du rien, je ne vois pas. L’auteur le met d’ailleurs elle-même en lumière quand elle démontre l’évolution des mœurs sur les activités présidentielles : désormais, tout compte pour mettre à bas l’autorité de notre dirigeant ; pourtant, elle y participe pleinement ici en se prenant son petit moment de gloire, le titre parle de lui-même.

Dans ce processus de déconstruction/reconstruction à la face de l’opinion publique, l’auteur se décrit toujours comme une femme forte, honorable et déterminée, à l’inverse de François Hollande qui n’est qu’un lâche, faible et hésitant, tout aussi bien dur que froid. À mon humble avis, l’auteur semble confondre trop souvent l’importance des événements de sa vie, tout à fait compréhensible pour son évolution personnelle, et l’importance que cela peut avoir pour la vie publique, intérêt tout relatif pour ma part, mais il faut croire que ça en occupe plus d’un ; c’est d’ailleurs symptomatique de notre époque où tout, absolument tout, est devenu information, du discours présidentiel à la vie quotidienne de n’importe quel people de bas étage, alors quand la compagne du Président de la République vit une rupture, ça attire, forcément (rappelez-vous, d’ailleurs, de Cécilia Attias-Sarkozy).

Je finirai sur ce constat désespérant, puisque c’est devenu la norme : la moindre information sans intérêt, le moindre avis d’une personne à la vie sans intérêt, la moindre bribe de rien du tout peuvent être relayées par nos médias de masse pour la simple et unique raison que cela va faire vendre. Je trouve cela triste, car de vraies bonnes histoires enrichissantes intellectuellement devraient être racontées à un bien plus grand nombre pour compenser cela. Je ne parle pas là contre l’éditeur qui a raison d’en profiter puisque les acheteurs sont là, même si évidemment j’aimerais voir d’autres sujets bien plus nourrissants et enrichissants, encore une fois, mis davantage en avant. Et pour couper court à toute réclamation sur cette dernière déception, je précise d’ores et déjà que non seulement je me suis fait prêter cet ouvrage-record de l’année 2014, mais en plus sous forme d’ebook : au moins, pas d’argent dépensé, et qui plus est, pas d’arbre abattu non plus.