Maquillages

Titre : Maquillages
Auteur : Éric Halphen
Éditeur : Payot et Rivages (Rivages/Noir)
Date de publication : 2007

Synopsis : Maria, jeune fille modeste d’origine portugaise, est devenue maquilleuse dans le spectacle. Un soir, elle se rend dans un bar avec son amie Murielle. Elle ne regagnera jamais son domicile. Inquiet de ne pas la voir rentrer, son frère prévient la police. Le cadavre de Maria ne tarde pas à être retrouvé dans un bois près de Saint-Cloud. L’enquête est confiée au commandant Bizek, chef de groupe à la Criminelle. Du côté de l’instruction, c’est le juge Barth qui est chargé du dossier. Magistrat expérimenté, Jonas Barth reprend tout juste du service après une période difficile sur le plan personnel, et le cas de la jeune Portugaise assassinée le touche. II s’y intéresse d’autant plus que l’affaire prend un tour spectaculaire : la police vient d’obtenir la preuve de l’implication d’un personnage médiatique et haut placé, l’homme d’affaires et écrivain Gilles-Frédéric Turquelay…

Note 3.5

Se pencher sur la vie des autres, c’était peut-être une bonne manière de continuer à supporter la sienne, tout compte fait.

Rencontré à ImaJn’ère 2014, je me suis pris l’envie d’attaquer l’œuvre d’Eric Halphen alors en dédicace. Et son premier polar chez Rivages/Noir, Maquillages, me tendait les bras.

Nous tombons tout d’abord dans une enquête très classique avec des gens louches et une disparition subite. Pourtant, nourrie des nombreux souvenirs du juge d’instruction que fut Eric Halphen, le fameux « Juge Halphen » connu pour l’affaire dite « des HLM de Paris », cette histoire se focalise vite sur le processus et la mise en route de l’enquête. Eric Halphen s’appuie sur des descriptions très précises de l’appareil policier, judiciaire et répressif. En passant d’un suspect à l’autre, d’un enquêteur au juge, en passant par les petites mains intermédiaires, il développe de manière appuyée les arcanes de la vie judiciaire et policière parisienne.

Tout ceci fait que Maquillages n’est pas du tout un polar classique, froid et angoissant ; plutôt un récit personnel d’un drame touchant et potentiellement proche de nous. Nous y rencontrons une vaste galerie de personnages avec comme point commun une certaine ambivalence entre leur vie professionnelle et leur vie privée. La fin pourra laisser amer les plus adeptes du genre policier, mais elle répond pourtant parfaitement au ton général employé dans le reste du récit. À ce titre, Maquillages aurait tout aussi pu s’appeler Mirages, tant le lecteur comme les personnages naviguent à vue dans cette intrigue.

Maquillages est donc un polar de 500 pages d’une sensibilité non feinte, rempli de propos cohérents et de réflexions concrètes. Que demander de plus ? Un meurtre à résoudre, check aussi !

Barth avait tout eu. Un homme qui avait pénétré sa fille seulement âgée de six mois, la tuant sur le coup. Un violeur qui recrutait ses victimes sur les parkings des grandes surfaces, et qui n’oubliait pas en partant de faire main basse sur le contenu du Caddie. Un instituteur pédophile qui s’était tapé une bonne partie de sa classe, qu’il s’agisse de garçons ou de filles, pendant plusieurs années. Et puis aussi des spécialistes des tournantes dans les caves des cités, des agresseurs d’homos, des pervers mondains et des sado-masos. Des tarés de toutes sortes, quoi. Mais cela, c’était du jamais vu. Car celui qui se trouvait devant lui avait opté pour l’innovation : entrant la nuit dans le service gériatrie de plusieurs hôpitaux, il avait violé cinq femmes dans leur sommeil, la cadette d’entre elles ayant atteint « les soixante-quatorze printemps. L’une des vieilles, s’étant réveillée brusquement pendant l’acte, avait été tellement surprise qu’elle avait été victime sur-le-champ d’un infarctus qui lui avait coûté la vie.
– Je ne voulais pas leur faire de mal, vous savez, dit l’homme.