Le vieil homme et la mer

Titre : Le vieil homme et la mer [Bande dessinée]
Scénariste et dessinateur : Thierry Murat
Éditeur : Futuropolis
Date de publication : 2014 (octobre)

Synopsis : Cuba. Début des années 1950. Santiago, un vieux pêcheur rentre une fois encore la barque vide. 84 jours qu’aucun poisson ne mord sa ligne. Tout le monde le pense trop vieux et devenu piètre marin. Seul Manolin, petit garçon, continue de croire en lui et veut l’accompagner dans ses sorties en mer. Mais ses parents l’obligent à regagner un navire plus chanceux, et l’enfant continuera le soir à visiter le vieil homme dans sa cabane. Le 85e jour, Santiago décide d’aller pêcher loin dans le golfe. Il est confronté à un espadon, poisson énorme et fort. La lutte homérique entre le vieil homme et le poisson prédateur durera trois jours et trois nuits ; à son retour sur la terre ferme, le vieil homme aura regagné sa dignité après une bataille courageuse.

Note 3.5

Peut-être bien qu’on est pareils, tous les deux… Mais tu sais, poisson, même si t’es mon frère, t’es tellement extraordinaire qu’il faut que j’te tue. Heureusement qu’on est pas obligé de touer toutes les choses extraordinaires… Heureusement qu’on n’est pas obligé de tuer les étoiles ou la lune pour leur prendre la lumière ! Peut-être bien qu’un jour, les hommes se mettront en tête d’aller tuer le soleil… Qui sait ?

 

On trouve aujourd’hui sur les étalages de nos librairies un nombre croissant d’adaptation en bande dessinée des plus grands chefs d’œuvres de la littérature, de « Moby Dick » à « Au cœur des ténèbres » en passant par « Le portrait de Dorian Gray ». Ce mois-ci, c’est au tour du « Vieil homme et la mer » d’Ernest Hemingway de bénéficier de ce traitement grâce à Thierry Murat, à la fois scénariste et dessinateur. Une belle bande dessinée dans laquelle on retrouve le Cuba des années 1950 et où on fait connaissance avec un vieil homme qui s’en va inlassablement à la pêche, sans paraître se soucier de revenir chaque jour bredouille depuis des années. Un matin, le pêcheur décide de s’aventurer plus loin encore de la Havane afin de ramener un gros poisson qu’il va finir par ferrer. S’engage alors une véritable lutte entre l’animal et l’homme qui entretient avec sa « victime » une longue conversation qui nous permet d’en apprendre plus sur l’histoire de ce vieux pêcheur attachant, autant pour sa détermination que pour le regard lucide qu’il porte sur son entreprise.

Le vieil homme et la mer planche 1

Les dessins sont très épurés et simplifiés au maximum (on devine à peine les traits des personnages et on ne voit jamais leurs yeux). Quant au paysage, il se limite à la cabane du pêcheur, puis à sa barque sur laquelle se déroule l’essentiel du récit. Un choix artistique qui peut surprendre au premier abord mais qui n’est pas sans un certain charme, d’autant plus qu’on comprend vite la démarche de l’auteur qui parvient ainsi parfaitement à focaliser toute l’attention de son lecteur sur ce vieil homme et ses réflexions. Le récit est d’ailleurs lui aussi très épuré puisque toute l’intrigue repose sur ce combat que se livrent, loin de tous témoins, l’homme et le poisson. Et pourtant, et c’est là que les graphismes de Thierry Murat prennent tout leur sens, on se sent irrémédiablement captivé par l’aventure vécue par ce vieux pêcheur, à tel point que son désir de rapporter ce gigantesque espadon en vient à revêtir autant d’importance aux yeux du lecteur qu’à ceux du personnage.

Le vieil homme et la mer planche 2

N’ayant pas lu le roman d’Hemingway je serais bien en peine de me prononcer quant à la qualité de l’adaptation, toujours est-il que cette bande dessinée nous immerge complètement dans cette histoire pleine de mélancolie dans laquelle s’opposent cet attachant vieil homme et ce gigantesque espadon. Une belle réussite qui donne envie de découvrir le roman !

Autres critiques : Fabrice Leduc (YoZone) ; Mokamilla (Au milieu des livres) ; Yaneck (Chroniques de l’invisible) et Yvan Tilleul (Sin City)