Le dernier loup-garou

Titre : Le dernier loup-garou
Auteur : Glen Duncan
Éditeur : Denoël (collection Lunes d’encre)
Date de publication : 2013

Synopsis : Jake Marlowe est le dernier de sa race. Pourchassé par des tueurs fanatiques qui ont juré de lui trancher la tête, protégé contre son gré par une organisation secrète désireuse de vivre au grand jour, Jake a décidé d’arrêter de fuir. La prochaine pleine lune sera sa dernière. « Va où tu peux, meurs où tu dois. » Mais pour le vieux loup-garou suicidaire et blasé, rien ne va se dérouler comme prévu. Par définition, l’amour est imprévisible.

Note 3.0

Les monstres disparaissent lorsque l’imagination collective cesse d’en avoir besoin. La mort d’une espèce de ce genre n’est qu’une évolution du programme psychologique commun. La bête que recèle tout homme restait autrefois cachée dans le noir, reniée. La transparence de l’histoire moderne a rendu cette dissimulation impossible : nous nous sommes vus dans les camps de concentration, les goulags, la jungle, les champs de mort de Cambodge, nous nous sommes reconnus dans les lectures des annales du crime. La technologie a allumé les projecteurs et personne ne peut plus méconnaître les faits : la bête est superflue. C’était nous, tout du long.

Si vampires et zombies ont depuis quelque temps la cote en littérature, on ne peut pas dire que le loup-garou bénéficie pour sa part d’une très grande popularité. Présent sous diverses formes dans la plupart des légendes du monde entier et dont les racines remontent jusqu’à la Grèce antique, le lycanthrope est pourtant une créature surnaturelle fascinante que Glen Duncan propose de remettre au goût du jour avec cet ouvrage paru dans l’excellente collection « Lunes d’encre ». Un roman écrit sous la forme d’un journal intime tenu par un certain Jake Marlowe, loup-garou depuis plus de deux-cent ans et auquel on apprend qu’il est désormais le dernier de sa race, tous les autres ayant été exterminé par un organisme chargé de lutter contre les phénomènes occultes. L’idée ne manque pas d’attrait et le résultat est plutôt convainquant malgré quelques défauts qui peuvent parfois gâter la lecture. Parmi eux on pourrait notamment regretter un léger problème de rythme (trop lent dans la première partie alors que la seconde donne à l’inverse l’impression d’avoir été un peu expédiée), ainsi qu’un style un peu lourd à certains moments (la faute à la traduction peut-être… ?) . Les nombreux passages dans lequel le protagoniste réaffirme encore et encore son envie de disparaître et sa lassitude à l’égard de la vie finissent pour leur part par devenir agaçant.

Au-delà de ces quelques bémols, « Le dernier loup-garou » possède cela dit d’incontestables qualités, à commencer par sa volonté de rendre à la figure du lycanthrope ses lettres de noblesse. Oubliez le gentil toutou à la Jacob dans Twillight et re-découvrez le véritable monstre des légendes d’antan. Car tout en réutilisant à sa sauce les éléments inhérents à toute histoire de loup-garou qui se respecte (les balles en argent, la pleine lune…), Glen Duncan amorce ici une réflexion captivante sur la nature profonde du loup-garou : les rapports entre l’homme et la bête, l’exhalation du loup lors de la mise à mort de la proie, puis le dégoût de l’homme face à sa monstruosité… L’auteur dispose également de beaucoup de talent dès qu’il est question d’évoquer les relations ambiguës entretenues entre le protagoniste et les différents personnages du récit, qu’il s’agisse de la profonde amitié l’unissant à son vieil ami Harley, de la compréhension qu’il partage avec l’un de ses chasseurs malgré les circonstances, et bien sûr de la relation qui l’unit à Talulla. Je serais toutefois un peu plus nuancée en ce qui concerne certains éléments de l’intrigue sur lesquels l’auteur passe un peu trop rapidement (les rapports entre vampires et lycanthropes, par exemple). De même, la fin du récit se révèle un peu trop prévisible et ne parvient ainsi pas à atteindre l’intensité dramatique à laquelle elle aspire.

Avec « Le dernier loup-garou » Glen Duncan rend un bel hommage à cette créature monstrueuse qui avait jusqu’à présent tendance à être éclipsée par ses consorts vampires, zombies et compagnie. Un hommage qui se poursuit, d’ailleurs, puisque la suite du roman (« Talulla ») vient d’être à son tour publiée par Denoël. Pour finir, un conseil de lecture destiné à ceux qui auraient été séduit par la figure du lycanthrope : l’excellent « Skin trade » de G. R. R. Martin, ou plus récemment « Notre-Dame des Loups » d’Adrien Tomas. 

Autres critiques : Yvan Gruznamur (EmOtionS)