Outrage et rébellion

Titre : Outrage et rébellion
Auteur : Catherine Dufour
Éditeur : Denoël / Folio SF
Date de publication : 2009 / 2012

Synopsis : 2320, ouest de la Chine. Les élèves de la très chic pension des Conglin s’ennuient dans leur prison dorée. Marquis, le plus enragé d’entre eux, se révolte brusquement : il invente, ou plutôt réinvente, une musique pleine de colère qui va fédérer tous les élèves contre les surveillants. Fuyant la répression qui s’abat sur les Conglin, Marquis se réfugie dans les sous-sols de Shanghai où l’attendent l’amour et la guerre. Le Rock s’est brûlé les ailes à la fin des sixties ; le Punk s’est dilué dans l’héroïne avant d’avoir pu faire la peau de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher… Est-ce que la musique de Marquis sera assez puissante pour renverser la dictature qui écrase Shanghai ?

Note 2.0

C’est une chose de jouer devant cinquante ruinés défoncés. C’en est une autre de rassembler cinq cent pensionnaires qui n’ont aucune autre distraction ! Ils venaient nous poser des questions absurdes sur nos paroles. Comme si nous avions voulu dire quelque chose ! Je leur expliquais que le sens de nos paroles c’était qu’il ne fallait obéir à personne, et ils répondaient : « Obéir à personne ? Ah, d’accord, c’est noté. Et sinon, faut faire quoi d’autre ? » Désespérant.

 

La Chine des années 2320 n’a que peu à voir avec celle d’aujourd’hui. La Terre est en train de rendre l’âme, rongée par la pollution, mais certaines bonnes vieilles habitudes quant à l’organisation de la société, elles, perdurent : aux riches les tours et une longue vie dans le luxe ; aux pauvres, les caves et une existence misérable et souvent brève. Et puis il y a les pensions, ces espaces totalement déconnectés dans lesquels les nantis des tours envois leurs rejetons jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge adulte. Une bulle que Marquis et ses compagnons vont tentés de faire éclater grâce à leur musique. Une musique révolutionnaire, digne héritière du rock, du punk ou encore du métal à travers laquelle notre héros déverse sa colère et réveille celle des autres. L’idée est originale et j’ai toujours jusqu’à présent beaucoup apprécié les écrits de Catherine Dufour et sa plume souvent crue, seulement cette fois, cela ne passe pas. Oui il y a de bonnes idées, oui on ressent et comprend sans mal la rage des personnages, seulement à aucun moment je ne suis parvenue à me sentir concernée par l’histoire. Il faut dire que le procédé narratif choisi par l’auteur n’est pas vraiment d’une grande aide puisque le roman se compose de petits paragraphes, chacun donnant la parole à des personnages différents qui, en ce qui me concerne, auraient aussi bien pu être les mêmes tant j’ai peiné à distinguer leur personnalité.

Le second point négatif tient au côté « trash » trop accentué du roman. La crudité ne me choque d’ordinaire pas, mais ici certains passages ne semblent être là pour ajouter davantage de glauque à l’histoire que pour provoquer plutôt que pour servir l’intrigue (descriptions des malformations des personnages et leur manie de se faire greffer des parties génitales n’importe où sur le corps, habitude du protagoniste de vomir ou pisser sur son public en plein concert…). Le titre des chansons écrites par les personnages sont du même genre, de « sens mon doigt » à « pisse-moi sur la gueule » ou encore « chie-moi sur le ventre ». Très poétique… Mais je crois que ce qui m’a le plus gêné c’est en fait la musique en elle-même, dépeinte tout au long du roman par les personnages eux-mêmes comme d’une nullité affligeant et dont l’intérêt ne tient pas à la mélodie ni même aux paroles mais plutôt au comportement de ses créateurs. Comme le résume parfaitement l’un des personnages : « ce n’était pas que de la musique, c’était toute une attitude : « On est amoraux, on est sales, on est improductifs, on ne mérite pas de respirer et vos oreilles vont nous le payer. » » Un concept auquel je n’ai pas réussi à adhérer, d’autant plus que l’auteur nous noie de termes techniques sans aucune explication : plasma, structure du glucagon, mire musicale…, bref, encore une fois je me sentie totalement en retrait.

 

Catherine Dufour signe avec « Outrage et rébellion » un roman très atypique qui ne manquera pas de séduire certains lecteurs mais duquel je suis complètement passé à côté. Un aspect glauque trop exagéré, des personnages qui restent de parfaits étrangers tout au long du récit, une musique sans attraits…, bref, si l’idée d’origine est bonne, le roman, lui, ne m’aura pas convaincu. Dommage, car il s’agit pourtant d’une auteur que j’apprécie d’habitude énormément…