La fleur de verre

Titre : La fleur de verre
Auteur : G. R. R. Martin
Nouvelles : La fleur de verre ; Une Nuit au Chalet du Lac ; Cette bonne vieille Mélodie ; Le régime du singe ; Les Hommes aux aiguilles ; Y a que les gosses qui ont peur du noir ; On ferme !
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2014 (septembre)

Synopsis : Un mystérieux artefact qui permet de changer de corps… au prix d’un sacrifice terrible. Une étrange auberge où l’on croise de curieux voyageurs… mais où personne n’est ce qu’il prétend être. Des enlèvements inexpliqués… Une ancienne petite amie un peu trop envahissante… Une lutte entre le Bien et le Mal digne des meilleurs pulps des années 1950… Les nouvelles de George R. R. Martin sont autant de redoutables récits à l’écriture implacable, où se côtoient horreur, fantastique et science-fiction.

Note 3.5

La voix de Jasper n’était qu’un murmure.
-Q-q-q qui êtes-vous ?
Un rire grave, caverneux et terrifiant résonna dans l’enceinte du temple avant de se répandre au-dehors.
-Moi ? Je suis la Guerre, je suis la Peste et le Sang. Je suis la Mort et la Peur. Je suis Saagael, Prince des Démons, Seigneur des Ténèbres, Roi de Corlos, Souverain incontesté du Néant. Je suis celui que tes ancêtres nommaient le Destructeur des Âmes (Y a que les gosses qui ont peur du noir, p. 270)

 

Décidément, G. R. R. Martin a la cote chez ActuSF ! Après « Dragon de glace », « Skin trade » ou encore « Le Volcryn », la maison d’édition nous propose de découvrir une autre facette de l’auteur de la série à succès « Le Trône de fer ». On pourrait s’étonner de ne voir figurer au sommaire de ce recueil que deux textes de « fantasy », mais ce serait oublier l’aisance remarquable de l’auteur a justement passer d’un genre à un autre. Science-fiction, fantastique, horreur…, G. R. R. Martin est un touche à tout, et il nous le prouve une fois encore avec ces sept nouvelles. La première (et la seule appartenant au domaine de la science-fiction) est a mon sens la moins passionnante. Le lecteur y découvre une planète très dépouillée sur laquelle se rendent les âmes assez audacieuses pour prendre part au jeu terrible qui s’y déroule. La récompense ? La possibilité de changer de corps. Un texte non dénué d’intérêt, notamment en ce qui concerne la composition de cette galaxie et des êtres qui la peuplent, mais dans lequel l’auteur se montre souvent trop sibyllin ce qui peut entraîner une certaine confusion chez le lecteur. Le second texte, « Une Nuit au Chalet du Lac », est pour sa part plus réussi et ne manquera pas de ravir les amateurs de Jack Vace. La nouvelle a d’ailleurs déjà été publiée en France dans l’anthologie en hommage au maître de la SF (« Chansons de la Terre mourante – Première partie »).

Avec la suite du recueil, on bascule dans le fantastique, et c’est à mon sens là que Martin donne véritablement toute la pleine mesure de son talent. C’était déjà le cas avec d’autres nouvelles ou novellas telles que « Portraits de famille » ou encore« Skin trade », ça l’est également ici avec notamment « Les hommes aux aiguilles ». Un texte glaçant dans lequel l’auteur revient sur une légende urbaine américaine selon laquelle des « hommes aux aiguilles » se promenaient la nuit dans les quartiers pauvres pour enlever n’importe qui et revendre les corps aux étudiants en médecine afin qu’ils s’exercent à l’art de sa dissection. On retrouve le même type d’ambiance angoissante avec « Cette bonne vieille Mélodie », nouvelle à la chute remarquablement bien amenée et dans laquelle un jeune avocat voit revenir dans sa vie l’une de ses amies de fac à l’esprit plus que dérangée. Difficile également de ne pas partager l’oppression du protagoniste du « Régime du singe », un homme obèse tiraillé entre son amour pour la nourriture et son désir de maigrir. Un désir qui va le pousser à entreprendre un régime miracle dont il va vite regretter d’avoir entendu parler. On termine sur une petite touche d’humour avec « On ferme ! » un texte plutôt court dans lequel les personnages s’interrogent sur la logique de fonctionnement d’une amulette capable de métamorphoser son porteur en animal. La réponse vous surprendra…

 

Avec ces sept nouvelles, G. R. R. Martin nous démontre encore une fois qu’il dispose d’un égal talent pour les longues sagas de fantasy aussi bien que pour les textes plus courts, plus intimistes. L’auteur n’a pas son pareil pour, d’une situation qui pourrait au premier abord paraître tout à fait loufoque, parvenir à créer un climat d’angoisse et faire un naître un malaise croissant chez le lecteur. Si les nouvelles de ce recueil ne figurent pas parmi les plus réussies de l’auteur, on passe malgré tout un bon moment de lecture pour lequel je remercie les éditions ActuSF.

Autres critiques : Nicolas Soffray (YoZone)