Gilgamesh, roi d'Ourouk

Titre : Gilgamesh, roi d’Ourouk
Auteur : Robert Silverberg
Éditeur : L’Atalante / Folio
Date de publication : 1990 / 2000

Synopsis : «  Je suis celui que vous nommez Gilgamesh. Je suis le pèlerin de toutes les routes du Pays et d’au-delà le Pays. Je suis celui à qui toutes choses ont été révélées, vérités dissimulées, mystères de la vie et de la mort, et de la mort surtout. J’ai connu Inanna dans le lit du Mariage sacré  ; j’ai terrassé des démons et je me suis entretenu avec les dieux  ; je suis dieu moi-même aux deux tiers, un tiers homme seulement.  » Inspirés de L’épopée de Gilgamesh, le plus ancien texte épique de l’histoire de l’humanité, voici les Mémoires du roi mythique sumérien d’il y a quelque cinq mille années, de son enfance dans la cité d’Ourouk jusqu’à sa quête de l’immortalité.

Note 3.0

J’avais rêvé depuis bien des années de batailles. J’avais souvent connu l’affrontement sur les terrains de jeux d’Ourouk, imaginé des dispositifs de combat, conduit mes camarades en de farouches assauts contre d’invisibles ennemis. Mais il est un chant de bataille qu’entend seule l’oreille du guerrier, une musique aiguë et pénétrante qui traverse la torpeur des espaces avec le tranchant d’une lame : tant que l’on n’a pas eu connaissance de ce chant, on n’est pas un guerrier, pas davantage un homme.

 

Parmi la multitude de romans nés de la plume de Robert Silverberg, difficile de ne pas remarquer l’affection particulière que semble porter l’auteur aux civilisations anciennes, qu’elles soient romaines (Roma Aeterna), grecques (Le dernier chant d’Oprhée) ou encore sumériennes. Et c’est justement cette dernière qui est à l’honneur dans cette réinterprétation de l’une des plus célèbres épopées antiques de notre histoire, celle de Gilgamesh, roi d’Ourouk. Nous voilà donc transportés au cœur de la Mésopotamie du troisième millénaire avant notre ère, région prospère dominée par quelques grandes cités entretenant des rapports plus ou moins courtois selon les périodes et les souverains. Malgré le caractère très lacunaire des renseignements dont nous disposons aujourd’hui concernant cette époque et cette civilisation, Robert Silverberg propose une vision très réaliste de ce qu’aurait pu être la vie dans la Mésopotamie antique. Les coutumes, l’architecture, les croyances, la politique…, l’auteur nous dépeint avec un luxe de détails un univers d’une richesse incroyable et dont certaines traditions ne manqueront pas de surprendre le lecteur (imagineriez-vous, par exemple, un roi travailler aux champs ou se livrer à d’harassantes activités comme n’importe quel autre de ses sujets ?).

Mais au-delà de la qualité de sa reconstitution historique, le roman de Silverberg séduit également par le charisme de son protagoniste. Mais pouvait-il en être autrement lorsque le protagoniste en question se révèle justement être l’un des plus grands héros de notre histoire ? Souverain excessif mais dévoué à sa cité, homme doté d’une force exceptionnelle et n’ayant aucun égal parmi les mortels, moitié divin selon certains.., Gilgamesh fascine aussi bien ses contemporains que les générations futures qui en gardent aujourd’hui encore le souvenir, cinq millénaire après sa mort. Comme les douze travaux pour Hercule ou bien les étapes du voyage de retour vers Ithaque pour Ulysse, on retrouve ici les principaux événements qui forgèrent la légende de Gilgamesh : son affrontement avec le roi de la cité de Kish, son combat contre le démon de la forêt Huwawa, sa quête de la vie éternelle… Du côté des personnages secondaires on pourrait regretter que deux seulement tirent à eux la couverture, Enkidou, le meilleur ami du roi, et la prêtresse Innana, même si la tumultueuse relation entretenue entre cette dernière et Gilgamesh constitue sans aucun doute l’un des aspects du roman les plus intéressants.

Gilgamesh

On pourrait cela dit regretter le ton assez distant employé par l’auteur qui, en adoptant une narration se voulant la plus proche possible de celle des épopées antiques, prend le risque de parfois perdre l’intérêt du lecteur. Certes, le récit des exploits accomplis par Gilgamesh est intéressant, mais l’auteur nous les rapporte de façon très sobre et ne donne ainsi pas l’opportunité au lecteur de bien saisir leur véritable signification et leur portée. La seconde partie du roman s’apparente par exemple un peu trop à une énumération des aventures vécues par le héros qui multiplie les exploits sans guère de difficultés, au point d’en devenir presque agaçant. L’arrogance dont il fait preuve à l’égard des autres, bien incapables d’égaler le colosse, fait notamment mauvais ménage avec l’égoïsme et la faiblesse dont il fait paradoxalement preuve dès lors qu’est évoquée la question de son propre trépas. La première partie du roman est en comparaison beaucoup plus captivante car consacrée à l’enfance du futur roi que l’on découvre sous un jour plus sympathique et plus humain, à la fois parce qu’on est touché de le voir emplis de doutes quant à son avenir et sa capacité à régner, que parce que l’auteur nous donne l’occasion de le voir interagir davantage avec les autres personnages.

 

Avec cette réinterprétation de l’épopée du roi Gilgamesh, Robert Silverberg signe un roman dépaysant qui nous transporte, l’espace de quelques centaines de pages, en un autre temps où héros et rois ne faisaient qu’uns, où les dieux pouvaient interférer dans les affaires des mortels et où les hommes avaient l’opportunité d’accomplir des exploits dignes d’être racontés bien des siècles après leur trépas. A réserver cela dit aux amateurs d’histoire et de récits épiques.