Flex Mentallo

Titre : Flex Mentallo
Scénariste : Grant Morrison
Dessinateur : Frank Quitely
Éditeur : Urban Comics (Vertigo Deluxe)
Date de publication : 11 janvier 2013 (2012 en VO chez DC Comics)

Synopsis : Flex Mentallo est un des plus grands super-héros de l’histoire des comics mais c’est aussi une création complètement fictive du dessinateur Wally Sage. Au moment où ce dernier fait une tentative de suicide, Flex se lance à la recherche de son ancien allié, le Fait. Au terme de leurs odyssées, le Créateur et la Créature vont-ils finir par se rencontrer ?

Note 3.5

Je me suis dit qu’il valait mieux que je reste là. À vivre et souffrir comme un homme plutôt que comme un dieu qui regarde de haut ceux qui vivent et souffrent.

Avez-vous déjà lu du Grant Morrison et constaté combien celui-ci pouvait aller fouiller très loin dans l’histoire des comics pour réinventer des histoires largement plus originales que ses collègues ? Peu importe la réponse, ce Flex Mentallo, malgré son titre pas piqué des hannetons, montre combien le « Grand Grant » peut être au sommet quand il s’adonne à la spéléologie de la comicsologie.


Flex Mentallo semble être le super-héros par excellence, dans ses qualités comme dans ses défauts : il est parfait, il est musclé, il est généreux, mais il plane un peu, parfois déconnecté de la vie quotidienne des gens, et surtout il arbore un costume tout droit sorti du premier âge des comics, entre exubérance et faible conformité avec ses aptitudes au combat. Grant Morrison s’amuse ainsi d’un super-héros à sa convenance tout en laissant à son ami Frank Quitely le soin de lui donner vie sur le papier. Comme dans All-Star Superman, où le duo s’est reformé après ce Flex Mentallo, le trait de Frank Quitely peut en gêner plus d’un. Son aspect psychédélique fonctionne bien avec l’intrigue ici, mais on ne peut s’empêcher d’émettre quelques réserves sur certains fonds blancs et certaines figures torturées.

Intéressons-nous plutôt au contenu de l’intrigue, qui est vraiment le point particulier de cet ouvrage. En effet, Grant Morrison se lâche complètement en réinventant l’histoire super-héroïque pour en faire quelque chose d’introspectif et de très personnel. Les intrigues de Flex Mentallo, de la réalité alternative et du scénariste de comics sont imbriquées au fur et à mesure sous la forme d’un développement labyrinthique sur le thème de « la vie n’est qu’une vaste farce collective ». Pour bien cerner l’ensemble, tout se joue dans l’alternance des narrations, entre Flex Mentallo et l’auteur Sage, ainsi que dans l’alternance graphique, entre la pseudo-réalité et les aventures issues du comics mis en abîme dans cette aventure.

Je ne suis peut-être pas très clair dans ma critique de cet objet insolite, mais il faut dire que je me sens même un peu bizarre (d’avoir l’impression) d’avoir tout compris tellement je lis par-ci par-là que le scénario est à s’arracher les cheveux ; peut-être ai-je vraiment loupé un pan de l’histoire en route, finalement ! De fait, ces éternelles mises en abîme peuvent nous faire perdre le fil, mais crée surtout une toile de fond bien dense qu’il nous appartient de dénouer au maximum selon notre degré personnel d’investissement dans l’histoire.

Flex Mentallo constitue ainsi un comics puissant et introspectif sur le travail d’auteur, sur la réception du lecteur et sur notre perception de la réalité. Avec un propos est très ambitieux et un dessin un peu particulier, il est certain que ce comics n’est pas à mettre entre toutes les mains si vous cherchez avant tout du divertissement.