Tripoli Glénat

Titre : Tripoli
Scénariste et Dessinateur : Youssef Daoudi
Éditeur : Glénat
Date de publication : 18 juin 2014

Synopsis : Un épisode méconnu de l’histoire militaire américaine.
1801, au large des côtes d’Afrique du Nord. L’État barbaresque et pirate de Tripoli fait régner la terreur sur les mers de la région, exigeant un tribut à ceux qui veulent y faire commerce. Mais la jeune nation américaine, portée alors par le président Thomas Jefferson, n’entend plus laisser son commerce extérieur entravé de la sorte. Jefferson charge l’ex-consul de Tunis, William Eaton, de contacter Hamet Karamanli, roi légitime de Tripoli en exil et frère du pacha actuel, pour l’aider à récupérer le trône. Ensemble, partant d’Égypte, ils mènent une troupe bigarrée de 500 hommes : des soldats américains (les premiers « Marines » de l’Histoire), mais aussi des mercenaires arabes, berbères, grecs, italiens et turcs. Près d’un siècle avant Lawrence d’Arabie, ils vont vivre une odyssée incroyable à travers 800 kilomètres de désert…
Dans ce grand récit d’aventure, Youssef Daoudi nous raconte le premier fait d’armes des États-Unis en dehors de leur territoire : un épisode méconnu, mais pourtant fondateur de l’histoire militaire américaine.

Note 3.0

Comprenez que le défi que nous avions relevé ne procédait pas uniquement de la souffrance des corps… bien plus grande était l’épreuve qu’enduraient nos esprits, et seule la noblesse de notre quête nous évitait de perdre la raison.

En 1805 comme en 2011, la Libye fut le théâtre d’une lutte pour le pouvoir au sommet de l’État. La « différence » notable est que la famille de sultans régnant sur ce territoire côtier est divisée entre un souverain officiel et son frère qu’il a chassé du trône. Suite à des troubles pour le commerce en Méditerranée, les Etats-Unis d’Amérique mettent véritablement leur nez dans les affaires locales pour essayer d’en tirer un quelconque profit politique et économique. Je schématise évidemment, mais pour être un « épisode méconnu de l’histoire militaire américaine », comme l’indique l’éditeur, c’est vraiment le cas.

Avec d’autres initiatives comme la collection Explora, j’aime comment les éditions Glénat tentent de temps en temps de nous raconter d’autres histoires, moins conventionnelles. Youssef Daoudi s’attache alors non seulement à retracer le parcours de William Eaton, diplomate et militaire, envoyé par le président Jefferson pour cette expédition à haut risque, mais il nous fait aussi découvrir l’envers du décor de cette Libye sableuse et mystérieuse. Ce militaire forcené se retrouve finalement à arpenter le désert libyen avec d’abord huit Marines dont c’est la première véritable opération à l’étranger, puis quelques mercenaires chrétiens grecs et enfin un contingent de mamelouks fidèles au sultan légitime de Libye. La traversée s’annonce particulièrement longue, périlleuse et avare en temps de repos.

Plusieurs problèmes peuvent toutefois gêner la lecture de ce volumineux opus. Tout d’abord, à part ce charismatique commandant qu’est William Eaton, nous n’apprenons finalement rien sur personne : aucun attachement à l’un des Marines par exemple, pas tellement de développements des frères ennemis à part que l’un est très méchant et que l’autre fut trop laxiste. De plus, si le dessin façonne les soldats de belle manière, les arrière-plans m’ont un peu déçu, car nous pouvions nous attendre à des paysages majestueux, et à part quelques belles pages quand William Eaton se laisse aller à la réflexion, c’est finalement peu le cas.

Tripoli est malgré tout une belle aventure originale, mais la rupture finale, quelques chipotages en cours de route et le manque de prise de position vis-à-vis de la mise en place de telles politiques étrangères pourront en gêner quelques-uns. Merci aux éditions Glénat et à la Masse Critique de Babelio pour m’avoir permis de découvrir ce périple particulier qu’il me faudra relire pour vraiment l’apprécier.

Autres critiques : Yaneck (Chroniques de l’Invisible)