Bardes et sirènes

Titre : Bardes et Sirènes
Anthologistes: Sylvie Miller et Lionel Davoust
Auteurs : Carina Rozenfeld (« La boîte à musique ») ; Samantha Bailly (« Plaie étoilée ») ; Yann de Saint-Rat (« Tant que nous demeurons ensemble ») ; Estelle Faye (« La tête de singe ») ; Frédéric Petitjean (« Au bar des sirènes ») ; Maïa Mazaurette (« La mise en pièces ») ; Régis Goddyn (« Tant qu’il y aura des sirènes ») ; Mélanie Fazi (« Le chant des autres ») ; Pierre Bordage (« Le chant du solstice ») ; Anne Fakhouri (« Ci-gît mon cœur ») ; Thomas Geha (« Le guetteur de nuages »)
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2014 (mai)

Synopsis : Bardes et Sirènes se place sous le signe de la musique, du conte et du merveilleux. Amours idéales ou déçues, bardes voyageurs, roublards ou arnaqueurs, sirènes fantastiques, retorses ou d’une humanité troublante, des dizaines de rencontres et de coups de théâtre vous attendent.

Note 3.5

La conteuse marqua une pause. La pluie et le vent avaient redoublé au dehors. Mais à présent ils portaient, avec leurs embruns et leur parfum de sel et d’iode, un peu de ces merveilles océanes, de ce monde fabuleux peuplé d’ondins, de vaisseaux fantômes, de krakens et de mari-morgans » (Estelle Faye, La tête de singe)

 

Pour cette sixième anthologie publiée dans le cadre du festival des Imaginales d’Épinal, on retrouve une fois encore Sylvie Miller et Lionel Davoust aux commandes, et au sommaire certains des auteurs français de fantasy les plus en vogue du moment. Pierre Bordage, Estelle Faye, Thomas Geha, Mélanie Fazi…, ce ne sont pas les belles plumes qui manquent ! Comme les années précédentes, le thème de l’ouvrage associe une créature légendaire et une figure humaine. A « Reines et dragons » et « Elfes et assassins » succède donc « Bardes et sirènes », deux personnages entretenant un lien puissant avec le chant, capables de séduire par la beauté de leur voix ou de leur musique mais qui recèlent tous deux une part d’ombre.

Nous avons donc d’un côté le barde qui « relie, éveille, inspire (…) fait renaître les exploits des héros, les souvenirs de la tradition, les mythes qui fondent les croyances », et la sirène, « l’attraction, le charme irrésistible, cette fascination qu’on ne s’explique pas, l’univers mystérieux de l’océan et des ondes ». De quoi inspirer nos onze auteurs qui nous offrent tour à tour des récits tragiques, épiques ou cruels, se déroulant aussi bien dans une ambiance médiévale que dans un monde post-apo ou une atmosphère fantastique. Comme toujours l’ensemble des nouvelles se révèle de qualité, même si cette année ce sont clairement les auteurs féminins qui tirent leur épingle du jeu (davantage inspirées, peut-être, par cette créature légendaire… ? ). Quatre textes ont ainsi particulièrement retenu mon attention, soit parce qu’ils prennent une tournure radicalement différente de celle à laquelle on aurait pu s’attendre, soit parce que les sirènes y sont présentées comme des personnages très ambivalents, à la fois belles et charmeuses mais aussi et surtout retorses et dangereuses.

Avec « La tête de singe » Estelle Faye nous entraîne dans les pas d’une jeune barde, contrainte de trouver refuge dans une demeure à la sinistre réputation dont l’imposant maître des lieux et sa ravissante sœur ne sont pas ce qu’ils semblent être. Un récit original et à l’atmosphère oppressante dans lequel on retrouve avec plaisir la belle plume de l’auteur de « Porcelaine ». Pari tout aussi réussi pour Maïa Mazaurette et sa « Mise en pièce » relatant la tentative de conspiration d’un jeune barde à l’encontre de sa reine, fascinée par ses histoires de sirènes. Un récit court et rythmé à la chute abrupte et qui ne sera pas sans vous laisser un certain sentiment de malaise. Mélanie Fazi nous fait elle aussi don d’une belle histoire avec « Le chant des autres », nouvelle pleine d’émotions et de poésie prenant ses racines dans le fantastique davantage que la fantasy (comme c’est déjà le cas pour la plupart de ses nouvelles). Enfin, Anne Fakhouri nous propose avec « Ci-gît mon cœur » un texte qui pourrait paraître au premier abord très classique mais qui se lit néanmoins avec plaisir et dont la chute inattendue ne manquera pas d’en surprendre plus d’un…

Si ces quatre textes sont pour moi les plus réussis de l’anthologie, certaines des autres nouvelles présentes au sommaire valent cela dit elles-aussi le coup d’œil. Parmi elles le « Tant que nous demeurons ensemble » de Yann de Saint Rat qui a l’originalité de ne pas faire des sirènes de simples femmes fatales adeptes de la séduction, mais de véritables guerrières menant des raids jusque dans les demeures des hommes. On y retrouve aussi un thème qui revient fréquemment dès qu’il est question de ces créatures légendaires, à savoir l’attraction ressentie par la sirène pour le monde des mortels (on pense bien évidemment à la petite Ariel de Disney…). La nouvelle de Régis Goddyn vaut également le détour, notamment en raison de l’originalité de son cadre, le récit se composant de trois parties dont chacune se déroule dans un cadre différent (le premier médiéval, le second futuriste, et le troisième post-apo). La nouvelle « Le chant du solstice » de Pierre Bordage est aussi intéressante car mettant pour une fois davantage l’accent sur la figure du barde et sur la noirceur que son âme peut elle aussi receler.

Avec « Bardes et sirènes » Sylvie Miller et Lionel Davoust continuent sur leur lancée et nous font don pour la troisième année consécutive d’une anthologie de qualité réunissant une partie des plus belles plumes de l’imaginaire français. Ne reste plus qu’à attendre mai 2015 pour connaître le prochain thème sélectionné ainsi que l’identité de la ou des personnes chargés de sa direction.

Voir aussi : Rois et capitaines ; Magiciennes et sorciers ; Victimes et bourreaux ; Reines et dragons ; Elfes et assassins

Autres critiques : Nicolas Soffray (YoZone) et Ptite Trolle (Lectures trollesques)