Invincible 1 Affaires de famille

Titre : Affaires de famille
Série : Invincible, tome 1
Scénariste : Robert Kirkman
Dessinateur : Cory Waker
Éditeur : Delcourt Comics (Contrebande)
Date de publication : août 2005 (2003 en VO chez Image Comics)

Synopsis : Mark Grayson est un ado comme tous ceux de son âge… ou presque. Il va au lycée, adore les filles sans vraiment bien les comprendre et passe le plus clair de son temps avec ses potes. Finalement, la seule différence entre lui et les autres tient au fait que son père est le super-héros le plus puissant de tous les temps… Trois fois rien, quoi ! Et pour corser le tout, Mark semble avoir hérité des mêmes pouvoirs que papa. C’est à ce moment-là que les ennuis commencent…

Note 3.0

– Je crois que ça y est, j’ai des super-pouvoirs.
– C’est très bien. Passe-moi les patates, veux-tu ?

Invincible ! Tout jeune super-héros qui découvre ses super-pouvoirs, Mark Grayson est le fils du plus grand super-héros de la Terre, la routine finalement, entre son lycée et ses déboires d’adolescent.


Invincible est un adolescent comme les autres, à part qu’il a donc une ascendance super-héroïque et cela va lui changer la vie quand ses pouvoirs vont s’affirmer. C’est ainsi sa jeunesse, ses débuts et son entraînement que nous suivons dans cette série. Avec ce Mark Grayson, Robert Kirkman tente clairement de créer son Spider-Man personnel. D’un très grand détachement, il veut insuffler du fun et du décontracté dans sa série, ce qui laisse de temps à autre un goût amer sur la gravité de certaines scènes pourtant sans conséquences psychologiques pour les personnages. Sans trop en dévoiler, son scénario se veut plutôt linéaire avec une menace par arc narratif de quelques épisodes (souvent six, chez Robert Kirkman) et un développement en arrière-plan de l’esprit de la série. Delcourt regroupe, comme souvent dans sa collection Contrebande, les six premiers épisodes de la série dans ce tome. Le sixième sert surtout à annoncer le plus mystérieusement possible des menaces à venir : dans cet opus, cela tient de transition avec le deuxième tome, mais en version originale, ce devait être un épisode bien vide à lire le mois où il est sorti.

Du point de vue graphique, les dessins de Cory Walker sont plutôt proches de ceux de Travel Foreman pour la série Animal Man, en plus brouillons peut-être, mais davantage en mouvement. Dès le début, nous sommes susceptibles de se dire que l’ensemble est très simple, mais cela finit par devenir agréable au bout de quelques pages et son trait s’exprime surtout sur les coups d’éclat des super-héros. Malheureusement, le graphisme fait avant tout écho aux blagues sales, voire potaches (surtout dans le contexte d’un lycée américain des plus basiques) sur lesquelles s’appuie parfois le scénario. Robert Kirkman se fait crânement plaisir, tout comme il multiplie des références à la fois à ses propres séries et à de grands super-héros classiques (beaucoup de références à Superman notamment).

L’ensemble de ce volume est aussi une vaste introduction au monde même d’Invincible. Avec l’Équipe J et les Gardiens du Globe, la série possède déjà un arrière-plan très dense ouvrant de grandes perspectives, peut-être même trop car l’histoire se lit d’une traite en survolant un grand nombre de personnages sûrement bâclés, pour le moment. La construction façon « série télévisée des années 1990 », avec une scène introductive et un long retour dans le passé pour comprendre comment nous en sommes arrivés à cette fameuse scène, est vraiment inutile au possible et elle minimise franchement l’acquisition et la compréhension progressive des pouvoirs de Mark Grayson ; heureusement, les contrastes quotidiens entre propos anodins et vie super-héroïque font sens et font mouche, mais ne seront sûrement pas marrants très longtemps en restant à ce niveau. Finalement, le personnage le plus réussi n’est ni le héros qui se démarque surtout par sa jeunesse et tous les défauts qui vont avec, ni son père qui brille surtout par son absence et son côté bad-ass tranquille, ni même sa potentielle future petite copine qui n’est pas des plus crédibles, mais bien sa mère qui garde son autorité sur les deux super-héros de sa vie, même sans avoir aucune de leurs capacités surhumaines. La plupart des situations humoristiques efficaces sont alors celles qui la mettent en scène.

Ces Affaires de famille du super-héros en devenir Invincible sont très sympathiques, mais devront prendre un peu plus d’épaisseur et quitter cette forme de survol des problèmes super-héroïques pour remporter mon adhésion sur le long terme.