L'ère du dragon

Titre : L’ère du dragon
Cycle : Le cycle de Kraven, tome 2
Auteur : Xavier Mauméjean
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2003

Synopsis : 1900 : le monde s’embrase. À Pékin, rien ne va plus. Les créatures de l’Internationale Féerique, aidées par les Poings de justice, deux millions d’hommes armés de fléaux et de bâtons, assiègent les délégations occidentales. Les combats s’engagent un peu partout dans la ville : on se bat sur les toits, dans la rue, dans les somptueuses ambassades et les échoppes abandonnées… Dans le ciel, le triplan rouge du baron Tod défie les dragons célestes. Mais que peut une poignée d’occidentaux contre une marée de créatures ? C’est le dernier combat… L’ère du dragon a commencé.

Note 4.0

Tout dans le profil de T’seu-hi la désignait comme recrue possible de Peter Pan. Intelligence, détermination et morale élastique, autant de qualités qui enchanteraient l’Internationale Féerique. Cette organisation mondiale rassemblant les membres des peuples imaginaires en révolte contre les humains prenait chaque jour davantage d’ampleur. Pire, elle comptait dans ses rangs quelques riches mortels, ivres de puissance. Armes, magie et mauvaise fortune conspiraient à asservir l’humanité. L’internationale Féerique ne reculait devant rien pour imposer le Panthéisme, tyrannie de Peter. IF ouvrait à tous les possibles.

Et si les habitants du pays de Nulle Part avaient débarqué dans notre monde au début du XXe siècle ? Et si Peter Pan n’était pas ce sympathique petit garçon qui refuse de grandir mais un tyran cruel et joueur, prêt à exterminer tous les êtres non féeriques de la surface de la Terre ? Et si une équipe de héros britanniques avait été créée pour les arrêter ? Ce sont tous ces « et si… » qui forment la trame de l’intrigue déployée par Xavier Mauméjean dans ce second tome du « Cycle de Kraven », un diptyque follement original et complètement déjanté qui témoigne encore une fois du talent de l’auteur et de la fertilité de son imagination. Car si « La Ligue des héros » s’était révélé un roman prometteur souffrant malgré tout d’un certain nombre de bémols (à commencer par une construction un peu chaotique), « L’ère du dragon » est pour sa part une totale réussite qui vous fera passer un excellent moment de lecture. Avouez que le pitch de base est en lui-même plus qu’alléchant ! Après tout, ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion d’assister à l’installation en Angleterre de Peaux-Rouges, d’Enfants perdus ou encore de Clochette et ses consœurs, ni à un combat opposant les redoutables pirates du Capitaine Crochet à l’équipage de Simbad le Marin, ou encore à la transformation de la ville de Londres en véritable scène de théâtre mouvante, nouveau terrain de jeu favoris de Peter Pan.

Si la structure narrative du premier tome, faite d’aller et retour entre plusieurs époques et plusieurs protagonistes, avait pu gêner certains lecteurs (l’ensemble du roman reposant sur un principe qu’il n’est possible de comprendre qu’à la toute fin), l’intrigue de ce second volume est pour sa part beaucoup moins décousue, et par conséquent bien plus captivante. De la Chine à la Russie en passant évidemment par l’Angleterre victorienne, on suit une fois encore les aventures de certains des plus grands héros de la Ligue : lord Africa, Bob English, et bien sûr Lord Kraven, pire ennemi de Peter Pan, qui fait ici son grand retour sur la scène internationale. Outre la qualité de l’intrigue et des décors, le roman de Mauméjean se distingue également par le nombre impressionnant de références littéraires, cinématographiques et historiques qu’il recèle, de la légende du roi Arthur à Robin des bois en passant par l’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll, et bien sûr le « Peter Pan » de John Barrie. Mais la plus grande réussite de l’auteur est surtout d’être parvenu à napper son récit d’une ambiance sombre et mélancolique, bien loin de ce que l’on pourrait attendre d’un roman dans lequel fées, pirates, sirènes et compagnie sont de la partie. Malgré le grotesque de certaines situations, Mauméjean ne nous fait pas oublier que c’est à la fin d’un monde que l’on assiste, le nôtre, peu à peu gangrené par celui de Nulle Part.

Avec « Le cycle de Kraven », Xavier Mauméjean signe un diptyque incroyablement original qui, bien que loin d’être exempt de tous défauts, possède pourtant un charme presque irrésistible auquel il est difficile de ne pas succomber. Ne me demandez pas pourquoi, il est bien connu que tous les pourquoi mènent à Nulle Part…

Voir aussi : Tome 1