Ptah Hotep

Titre : Ptah-Hotep
Auteur : Charles Duits
Éditeur : Denoël (collection Lunes d’encre)
Date de publication : 2009 (1991 pour la première édition)

Synopsis : Ptah Hotep, prince de Hagaptah, partage sa jeunesse dorée entre l’étude, la recherche spirituelle et la compagnie de la fastueuse courtisane Aset. Mais un coup d’État va contraindre l’adolescent à un apprentissage d’un tout autre ordre : celui de la misère et de l’exil. Dans un décor évoquant à la fois Les Mille et Une Nuits, l’Inde et la Chine médiévales, l’Égypte, la Rome et la Grèce antiques, d’aventures en histoires d’amour, il revêtira l’armure de Soliman pour libérer le monde de la tyrannie. Chef-d’œuvre de la fantasy francophone, épique et foisonnant, « Ptah Hotep » dynamite les limites de ce genre.

Note 2.0

Il vient, le Pacificateur de la Terre. Il approche, le Rassembleur des Nations, et celui qui rendra leur liberté aux peuples. La Terreur marche devant lui, et sa gloire est telle que le rugissement du lion, et les Victoires l’accompagnent, et les Rois tremblent devant sa face. Il vient dans le nuage de la Terreur, et la foudre est dans sa main, et son visage est celui de l’épouvante et de la gloire. Et lui, qui apporte la paix et l’abondance, il vient comme un guerrier, et le bruit de son pas fait frémir les Rois et les Princes. Il vient comme un lion, et comme un homme de proie, et les chaînes de la servitude fondent comme de la cire sous son regard et les méchants ne soutiennent pas l’ardeur de sa Lumière, car il est comme Habolaune dans sa fureur et comme le Posidonien dans sa colère.

Dépeint par les éditions Denoël comme un véritable chef d’œuvre « épique et foisonnant dynamitant les limites du genre », « Ptah-Hotep » est un roman incontestablement atypique qui ne plaira pas sans doute pas à tout le monde. Et je dois à mon grand regret m’inclure dans ce nombre, car malgré l’indéniable érudition de l’auteur et un décor attrayant, la magie n’aura pas réussi à opérer. Et pourtant, l’ouvrage semblait prometteur ! Jugez plutôt : un jeune homme issu de ce que l’on devine être l’aristocratie égyptienne se retrouve spolié de ses terres par un usurpateur et décide d’entreprendre le voyage jusqu’à Rûm afin de solliciter l’aide de l’empereur. Jusque là rien de bien exceptionnel, sauf que l’univers élaboré par Charles Duits serait en réalité une sorte de décalque subtil de notre Antiquité, empruntant aussi bien aux civilisations grecques et romaines qu’à celles de l’Égypte ou encore de l’Inde antique, le tout baignant dans une ambiance onirique proche du surréalisme (courant dont l’auteur était particulièrement proche). Et à cette idée, la passionnée d’histoire ancienne que je suis bondis de joie en se rappelant avec nostalgie du remarquable « Soldat des brumes » de Gene Wolfe qui avait plus ou moins adopté le même principe. Sauf que cette fois, rien à faire, la sauce ne prend pas.

Le plus gros bémol est à mon sens à chercher du côté du style de l’auteur, car si Charles Duits est de toute évidence un homme très cultivé et un artiste accomplis, quelle lourdeur dans le style ! Outre les trop nombreuses métaphores peu subtiles, ce sont surtout les répétitions à n’en plus finir qui seront venues à bout de ma patience. Répétitions d’autant plus agaçantes que l’on devine aisément qu’elles ne sont pas le fait d’une quelconque maladresse mais bien de la volonté de l’auteur. Mais quel peut bien être l’intérêt de répéter les même expressions encore et encore, jusqu’à parfois trois fois dans la même phrase ? ! Un défaut que ne fait que renforcer le mode de narration adopté par l’auteur, à savoir une lettre écrite à l’empereur par le protagoniste qui saisi là l’occasion de nous assommer de flatteries à l’égard de son « Seigneur et Divin Frère » toutes les deux pages. Le charme n’aura pas non plus opéré en ce qui concerne les personnages qui, sans être ni fades ni particulièrement antipathiques, n’auront pas suscité en moi la moindre émotion. On suit avec un désintérêt complet la quête de justice du personnage qui se transforme rapidement en quête érotique, le roman étant découpé en trois parties, chacune consacrée à un personnage féminin ayant reçu la faveur du héros.

Malgré une histoire prometteuse, « Ptah-Hotep » se sera révélé en ce qui me concerne une véritable déception en raison d’un style lourd et pompeux et d’une intrigue trop peu originale qui auront rendu cette lecture très ardue. Au vu des nombreuses critiques dithyrambiques concernant l’ouvrage de Charles Duits il est cela dit tout à fait possible que ce soit moi qui n’ait strictement rien compris et soit complètement passée à côté du livre, alors n’hésitez pas à tenter l’aventure à votre tour. Qui sait… ?

Autres critiques : Blackwolf (Blog-O-Livre)