Le Chien qui louche Davodeau

Titre : Le Chien qui louche
Scénariste et Dessinateur : Étienne Davodeau
Éditeur : Futuropolis (Musée du Louvre)
Date de publication : 24 octobre 2013

Synopsis : Fabien est agent de surveillance au Louvre. Il aime son métier. Depuis quelques semaines, il aime aussi Mathilde. Celle-ci décide d’aller présenter son ami à sa famille, le clan Benion, comme elle l’appelle. Puisqu’ils ont désormais sous la main un «expert», les Benion tiennent absolument à soumettre à Fabien un tableau qui moisit dans le grenier depuis des décennies, et qui a été peint par l’aïeul Gustave. Une pauvre toile représentant un chien qui louche. La question des Benion est claire : Le Chien qui louche a-t-il droit au Louvre ? Dans un premier temps, n’osant pas décevoir sa (presque) belle-famille, Fabien ne fournit pas de réponse catégorique… Il aurait dû.

Note 3.5

Je me suis souvent demandé quel réflexe mystérieux poussait ces gens à refaire une énième photo d’une statue déjà représentée des millions de fois dans des milliers de livres dans le monde entier.

En voilà un titre peu commun ! Le chien qui louche est le tableau tout aussi peu conventionnel qui va servir à la fois de cadre, de support et d’excuse à la nouvelle aventure servie par Étienne Davodeau. Merci à PriceMinister et à la librairie Pages après Pages de m’en avoir fait profiter.


Après la rencontre entre un vigneron et un auteur de bande dessinée dans Les Ignorants, Étienne Davodeau narre ici la rencontre entre la tendre naïveté du grand public vis-à-vis de l’art et le difficile accès des œuvres au sein du Louvre. Son personnage central, Fabien, y est agent de surveillance. À l’occasion d’une première visite chez sa belle-famille un brin trop joviale, lui est mis entre les mains « l’œuvre » du peintre de la famille, l’aïeul Gustave. Son Chien qui louche n’est pas à proprement parler un chef-d’œuvre évidemment, mais il déclenche malgré tout une vague d’espérance de la part de cette famille Benion au point de charger Fabien, qui s’en serait bien passé, de le faire rentrer dans le Musée du Louvre, carrément !

Comme à son habitude, Étienne Davodeau prend plaisir à transcrire, scénaristiquement bien sûr, mais aussi et surtout graphiquement, les affres et les joies simples du quotidien. Fabien aime Mathilde, qui lui rend bien. Mathilde aime sa famille (malgré son côté un peu « lourd » parfois exagéré à l’extrême), mais fait avec. Le quotidien des personnages fait ici face à l’éternité accordée par la muséification d’œuvres choisies pour représenter une frange de l’humanité. C’est à la fois simple et cruel. De la même façon, les corps répétitivement nus de Fabien et Mathilde sont racontés en parallèle de l’exposition des statues antiques, comme celles de la cour Puget par exemple. Et c’est dans cet entre-deux qu’apparaît la République du Louvre, sorte de société à peine secrète faisant le lien entre le musée et des personnages ayant avec lui une relation particulière.

Vu que ce roman graphique a été publié en collaboration avec les éditions du Louvre, c’est également l’occasion de détailler un nombre intéressant d’œuvres remarquables et de salles entières appartenant au célèbre musée parisien. Cette multiplication d’évocations graphiques, particulièrement prenantes puisque nous pouvons imaginer les heures qu’a dû passer l’auteur dans ces salles, carnet à la main, se fait au risque de faire passer plusieurs planches pour de la simple contemplation. Mais véritablement, c’est un des buts de cet album. Celui-ci propose d’ailleurs, à la toute fin, quelques pages sur le pourquoi et le comment de l’acquisition des œuvres au Musée du Louvre.

Le Chien qui louche est encore une fois une lecture divertissante sur notre chère petite société française comme a désormais pris l’habitude de nous décrire Étienne Davodeau. Entre contemplation, vie quotidienne et désir d’éternité, nous pouvons regretter non seulement que cet roman graphique se lise relativement vite, mais aussi de ne pas savoir pourquoi ce chien louche tant.

Voir aussi : La critique de Yaneck (Chroniques de l’Invisible)