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Titre : M. Töpffer invente la bande dessinée
Auteur : Thierry Groensteen
Éditeur : Les Impressions Nouvelles (Réflexions faites)
Date de publication : janvier 2014

Synopsis : Jugés « éblouissants de verve et d esprit » par Goethe, les albums de Rodolphe Töpffer sont aujourd hui considérés comme les premières bandes dessinées. Publiées en pleine époque romantique, ces « histoires en estampes » jetaient les bases d une nouvelle forme de littérature, vouée à la fiction satirique et fondée sur la coopération entre le texte et l image.
Le succès de M. Jabot, M. Vieux Bois ou du Dr Festus fut immédiat : imités, contrefaits, traduits en plusieurs langues, ils se frayèrent même la voie des États-Unis, la future patrie des comics. Töpffer est aussi l auteur de romans, de savoureux récits de voyage, de pièces de théâtre et d essais sur l art. Parmi ces derniers, il faut distinguer un important corpus de textes consacrés à la caricature et sa propre pratique de dessinateur. Non content d avoir créé les conditions de la bande dessinée moderne, Töpffer en fut aussi le premier théoricien. Ce sont ces textes qui sont ici réunis, introduits par une étude fouillée et pénétrante qui replace le créateur genevois dans une continuité historique, détaille les circonstances de son « invention » et analyse les principaux ressorts de ses histoires, dont la folle gaieté est toujours agissante sur les lecteurs d aujourd’hui.

Note 3.0

La bande dessinée fait largement partie du paysage littéraire actuel, au rang de 9ème art, en se réinventant continuellement autour notamment de romans graphiques innovants et d’adaptations incessantes. Pourtant, il a bien fallu l’inventer cette notion de « bande dessinée », qui associe texte et illustration dans une parfaite harmonie. Thierry Groensteen, spécialisé dans la théorisation de la bande dessinée, s’intéresse ici à Rodolphe Töpffer qui aurait, le premier, au XIXe siècle, élaboré des esquisses suivant cette association. Merci donc à Babelio et aux éditions des Impressions Nouvelles qui m’ont permis de découvrir cet ouvrage.

La démarche de Thierry Groensteen suit un raisonnement très scientifique en faisant simplement progresser son plan de manière très logique : les antécédents qui ont influencé Rodolphe Töpffer, sa démarche créatrice, comment il a reçu à son époque, sa propre influence et ses écrits de théoricien de la bande dessinée. Nous n’avons pas d’inquiétude à avoir de ce pt de vue-là ; chaque aspect artistique et créatif de cet auteur du XIXe siècle. Le raisonnement de Thierry Groensteen se veut relativement accessible au plus grand nombre, ne forçant pas sur des concepts trop abstraits ni dans des théories trop recherchées. Il s’agit surtout de décrire la rencontre entre un homme et un art naissant.

Il est plutôt conseillé de faire une première lecture en s’appesantissant sur les très nombreuses illustrations. Thierry Groensteen édite, par la même occasion (et à la suite de tous ses autres ouvrages sur le sujet), une quantité phénoménale d’affiches, gravures, enluminures et autres caricatures de Rodolphe Töpffer ou d’autres auteurs avec qui il établit de nombreuses comparaisons. Même s’il est difficile de lire toutes les inscriptions tant il y en a et tant leur taille est parfois petite, mais c’est surtout le plaisir de découvrir la création d’un art qui prévaut. Si vous vous attendez à suivre la biographie de cet homme, ce n’est pas tellement le but ici, mais bien d’apprendre pas à pas comment a germé l’idée d’associer images et textes en créant les codes que nous connaissons bien aujourd’hui (narration, bulles notamment). De ce point de vue-là, l’auteur mise sur des années de travail et la ré-exploration de plusieurs publications personnelles depuis les années 1990.

Somme toute, c’est donc un sacré volume que nous avons là porté par une érudition très travaillée, présentant d’innombrables parallèles avec les contemporains et continuateurs de Rodolphe Töpffer, dont on retient surtout quelques noms connus comme notre Gustave Doré national. Des relectures sont vraiment nécessaires pour en extraire tout l’intérêt historiographique.