Silex and the City 1 Avant notre ère

Titre : Avant notre ère
Série : Silex and the City, tome 1
Scénariste et Dessinateur : Jul
Éditeur : Dargaud
Date de publication : 28 août 2009

Synopsis : 40 000 avant J.-C. : une vallée résiste encore et toujours à l’Evolution. A l’aube de l’humanité, Blog Dotcom est un « homo-erectus qui se lève tôt » : pour changer tout ça, il décide de se présenter aux élections. Avec une femme pro de Préhistoire-Géo en ZEP (Zone d’Evolution Prioritaire), un fils cadet militant alter-darwiniste opposé à l’usage du feu et de la fourrure, et une fille aînée qui flirte avec Rahan de la Pétaudière, fils à papa héritier du plus gros volcan ? récemment privatisé ? de la région, il n’est pas au bout de ses peines. De la Biennale d’Art Préhistorique Contemporain aux Ancêtres de Don Quichotte, des Dolto-sapiens aux « minorités visibles » néandertaliennes, c’est tout notre théâtre contemporain qui défile en peaux de bêtes, pour une parodie au vitriol de notre société évoluée.

Note 3.5

– Dis donc, Theo… on n’avait pas dit « pas de casquette en classe » ?
– Mais madame ! C’est mes arcades sourcilières !

« Nous sommes en 40 000 avant J-C… toute la planète semble obéir aux lois de la sélection naturelle…Toute ? Non : une vallée résiste encore et toujours à l’évolution. » Si ce prologue vous dit quelque chose mais que cela ne tourne pas rond, c’est tout à fait normal. Et pour résister à l’évolution, elle résiste cette vallée ! Manifestations, discriminations, politiques pourries, manigances et extorsions en tous genres, chaque pan de cette société préhistorique est gangréné par le délitement généralisé.


Avec Silex and the City, l’auteur français Jul s’est donné comme objectif de transposer notre société contemporain dans le contexte préhistorique avec ce que cela comporte d’anachronismes, de faux-semblants et de facilités. Pour cela, il ne sert une flopée de références, faisant des parallèles entre préhistoire et actualité dans tous les domaines : éducation, politique, people, habitudes de vie, etc. Certains parallèles comme celui entre l’immigration et le collectif composé de primates, d’australopithèques, de cannibales et autre amphibiens, sont un peu limite (et pourtant le politiquement correct n’est pas une aspiration de la maison) ; malgré tout, avec un peu de recul, nous pouvons déceler ici une critique de ce que nous pouvons voir dans notre propre société, qui s’offusque de quantité de discriminations, mais en tolère énormément d’autres au quotidien.

Ce premier tome illustre donc bien le but de cette série : faire de l’humour très simplement en multipliant les allusions plus ou moins dissimulées, selon notre niveau d’analyse. Jul atteint un très bon quota de jeux de mots de qualité, même si nous pouvons redouter une réutilisation parfois trop dénaturée. En tout cas, de tels propos font du bien et chaque détail compte : au détour de n’importe quelle case, vous pourrez dénicher des petites pépites de notre monde détournées comme il se doit, comme ce « Silex We Can ». Attention tout de même, nous pourrions finir par estimer qu’il s’agit de récupérer le maximum de références contemporaines et d’en faire une singerie collective, le pire étant le « mai – 68 000 » ni marrant ni cohérent (le papi en question aurait alors vécu 30 000 ans !). Prudence donc avec cet humour tendancieux mais parfois facile, d’autant que les dessins ne sont là que pour servir les gags scénaristiques (système aussi présent dans Platon la Gaffe, mais le contenu scénaristique est bien différent).

L’humour grinçant de ce premier tome fait mouche sur la bêtise de notre société, où chacun tente de conserver ses petits privilèges ou d’en accaparer davantage. Cette caricature de « l’individualisme au temps de la préhistoire » survivra-t-il au deuxième tome ? Nous l’espérons, car Jul a un style au demeurant très plaisant, quoi qu’on en dise.