Green Arrow Année Un

Titre : Année Un (Year One)
Série : Green Arrow
Scénariste : Andy Diggle
Dessinateur : Jock
Éditeur : Urban Comics (DC Deluxe)
Date de publication : 22 novembre 2013 (2007 en VO chez DC Comics)

Synopsis : Oliver Queen était un millionnaire débauché qui ne s’intéressait qu’à lui-même, jusqu’au jour où il se retrouva naufragé sur une île. La quête pour sa survie l’amènera à découvrir sa véritable vocation : justicier. Les origines du héros par le tandem artistique des Losers, reprises récemment par la série TV Arrow.

Note 4.0

La réalité, c’est bon pour ceux qui n’ont pas les moyens de la falsifier.

Un Robin des Bois version comics, et surtout version super-héroïques, cela sonne particulièrement kitsch, certes ; toutefois, quand cela est tournée de façon à voir la mise en abîme du passé d’Oliver Queen avec justement sa jeunesse dorée et son éducation soignée, cela prend un sens bien plus profond.

Andy Diggle délaisse à peine ses thèmes favoris, entre complot et espionnage, pour nous narrer les origines du super-héros Green Arrow, façon « Année Un » à la Frank Miller et David Mazzucchelli sur Batman. Rien que cette présentation sous le label « Année Un » est une difficulté pour tout auteur de comics, puisqu’il s’agit d’élaborer les origines d’un personnage super-héroïque, si possible en s’étalant sur sa première année d’activité. Ici, Andy Diggle plonge le jeune Oliver Queen, héritier de Queen Enterprises, dans l’enfer vert d’une île mystérieuse. Le stéréotype du dandy, homme à femmes et risque-tout est mis à mal par la découverte de la survie en milieu extrême. Cela est même mis en abîme par les passe-temps du jeune Oliver qui se plaît à relever tous les défis physiques et sportifs aux quatre coins du monde pour trouver, un jour, un sens à sa vie. Dans cette quête, cette sorte de récit initiatique dans la douleur, soulignons l’importance du chauffeur d’Oliver Queen, Hackett, qui apparaît, dans les deux phases de sa vie, comme le contrepoint idéal à la mégalomanie du jeune héritier. C’est une bonne idée que nous propose Andy Diggle, au même niveau que sa bonne introduction du personnage de China White. N’en dévoilons pas plus évidemment sur l’intrigue, mais disons juste que le scénariste revient à certains de ses thèmes de prédilection au moment confronter son héros à une menace d’envergure. La fin un peu abrupte confirme que nous n’avons pas là la première année totale du Green Arrow, mais finalement est-ce grave ? Nous avons ses péchés de jeunesse, ses intentions, ses galères, ce qui le motivera toute sa vie, cela suffit largement en fait.

Je ne suis clairement pas fan du travail d’Andy Diggle sur le personnage de Daredevil, comme beaucoup d’autres, mais il faut avouer que quand il décide d’être efficace, cela se ressent tout de suite et cela s’apprécie à sa juste valeur. D’ailleurs, comme sur The Losers et Snapshot, Andy Diggle est secondé par Jock sur l’aspect graphique. Le dessin de Jock est un peu particulier et pourrait ne pas plaire forcément à tous les lecteurs ; moi-même je ne suis pas toujours grand fan de son passage sur Batman, dans le Sombre Reflet de Scott Snyder, mais disons que ça dépend des planches. Pour autant, sur ce Green Arrow : Année Un, il réussit à transformer l’environnement du futur super-héros pour le faire correspondre à son style tranchant et heurté. C’est à la fois foisonnant et énergique, tout ce qu’on demande pour une action tonitruante. On peut toutefois sentir Jock moins à l’aise sur les scènes plus banales, les soirées notamment, les simples conversations puisqu’on y trouve un trait plus distrait, plus effacé. Toutefois, cela a un effet très simple : ces scènes sont automatiquement plus mornes vis-à-vis des temps forts de l’intrigue ; il s’agit là d’accentuer le côté fade et particulièrement superficiel de ces soirées mondaines ô combien déconnectées de la réalité.

Le sticker ajouté par Urban Comics sur la couverture (il s’enlève très facilement, pas d’inquiétude) précise que ce roman graphique a servi de forte inspiration pour la série à succès Arrow, lancée en 2012. La chaîne américaine CW a relancé l’intérêt du public pour ce personnage trop longtemps vu comme un pseudo-Batman (héritier, Arrow-cave, convictions sociales et forte prégnance de l’environnement urbain). Si les aspects « soap opera » gênent trop souvent, l’épaississement de l’univers comics au fur et à mesure des saisons de la série est un plus à souligner. Enfin, pour revenir au roman graphique qui nous intéresse, se laissent découvrir quelques bonus finaux sur la construction des toutes premières planches par le duo d’auteurs.

Cette réédition du roman graphique d’Andy Diggle et Jock est donc largement au niveau de ce que j’attendais : de l’action, un personnage bien construit et une intrigue qui remplit son office ; le dessin alerte et tendu donne le ton, et ce dans un environnement de jungle particulièrement prenant. Un autre comics à exposer fièrement dans nos comicsothèques

Voir aussi : La critique de Kameyoko (Fant’Asie) et de PoisonFanny (ComicsPourNoob)