Le chien Iodok

Titre : Le chien Iodok
Auteur : Aleksej Meshkov
Éditeur : L’Arbre vengeur (Selva Selvaggia)
Date de publication : 16 février 2012

Synopsis : Sous la fourrure du chien Iodok se cache un homme qui, pour fuir ses congénères, se retrouve au milieu d’eux. Incapable de supporter le troupeau humain, il a choisi de leur échapper en devenant un animal, une bête attentive et patiente qui lèche la main de son nouveau maître, le directeur de la clinique vétérinaire. Iodok parle et s’inquiète : peut-on échapper longtemps aux limiers qui traquent la différence et la déviance au nom du Zoo, cette organisation totalitaire qui contrôle tout ?
Hommage à cette littérature qu’engendrèrent les pires dictatures, fable philosophique qui interroge l’animalité de l’homme, Le chien Iodok est d’abord un roman étrange qui parvient à conjuguer comique et cruauté pour raconter les errements d’un monde dévoyé. Dérangeant, excessif et complexe, Le chien Iodok est surtout un livre mordant, d’une race exceptionnelle.

Note 3.0

La plupart du temps, je préfère tuer le mâle et épargner la femelle. Je suis cruel, je le sais, mais j’aime les entendre gémir quand j’étouffe leur compagnon. Je perçois leur angoisse, au moment où le mâle se laisse aller à la mort.
Le sang des écureuils a un goût de cèdre, un parfum de résine de pin, une odeur de feuilles et de vent. C’est agréable de les tuer et c’est par pur divertissement que je le fais. En tout cas pas par faim.

Il était où le gentil ti Iodok ? Il était où, heiiiin, le Iodok ? Et où il est le pépère au ouah ouah ? Gotainer sort de mon corps et de ce roman légèrement science-fictionesque !

Acheté par curiosité aux Utopiales 2013, ce Chien Iodok est d’un style peu commun. Fruit du travail d’un sombre auteur italien qui se permet de prendre un pseudonyme bien russophone, ce roman semble bien étrange. Le narrateur nous y raconte dans un style direct son histoire peu commune : sa transformation et sa vie en homme-chien. D’un pitch de départ bien singulier, l’auteur en profite tout d’abord pour nous narrer une vie de chien comme elle aurait pu être racontée dans toute littérature générale. Décor, paysages, vie quotidienne, rien de particulier finalement. Nous prenons le temps de découvrir les scènes-clés du récit avant de comprendre à quoi nous pouvons bien avoir à faire ; les premiers chapitres en sont donc d’autant plus lassants. Puis vient le bouleversement du postulat de départ : que signifie l’existence même, la possibilité de vivre en homme-chien ? Ce basculement, associé à la paranoïa galopante que subit le personnage principal, nous mène vers une toute autre lecture de ce court roman.

En effet, l’auteur introduit alors des thèmes plutôt profonds dans son récit. Cette courte histoire philosophique sur les liens tissés ou non entre humanité et animalité voit son propos galoper vers la lutte contre le totalitarisme, la dénonciation de toutes les formes de viols, et une curiosité devant l’inhumanité voire la zoophilie. Ce sont là des thèmes très forts menés de manière plutôt intéressante puisque nous ne prenons au jeu de ces réflexions somme toutes très universelles et aussi d’actualité quand nous voyons à quelle allure sidérante certains de notre espèce peuvent se déshumaniser par leur travail, leurs hobbies ou leurs penchants. Dans cette optique, le narrateur se met, tout du long, volontairement en marge, soit par envie de solitude, soit par conscience de sa différence, de sa supériorité. Et sa rengaine le montre bien : « Moi, Iodok, l’homme-chien, je suis l’infidèle, l’apostat, le renégat. »

Voilà donc un court roman bien étrange, mais qui recèle son lot de réflexions philosophiques bien utiles dans notre monde d’aujourd’hui. Une lecture rapide mais intéressante, surtout pour son aspect oppressant et au bord de la paranoïa.