Le sang d'immortalité

Titre : Le sang d’immortalité, suivi de Voyage avec les morts
Auteur : Barbara Hambly
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2010
Récompenses : Prix Locus 1989 (catégorie meilleur roman d’horreur)

Synopsis : Londres, à la fin du siècle dernier… Qui donc s’attaque aux vampires ? Qui donc fracasse leurs cercueils pour que la lumière du soleil les réduise en cendres ? Ne pouvant traquer le meurtrier en plein jour, ceux-ci n’ont d’autre choix que de demander l’aide d’un mortel. C’est ainsi que James Asher, ancien espion de sa Gracieuse Majesté, se voit soumis à un odieux chantage sur la vie de sa jeune épouse et contraint de rechercher le tueur de vampires. Mais, même s’il le trouve, que se passera-t-il ensuite ? Quel sera le sort de quelqu’un qui connaît les identités et les cachettes des morts vivants ? La réponse n’est que trop évidente.

Note 4.5

Cela arrive aux vampires… Il y a plusieurs phases… J’en ai moi-même vécu certaines. Lorsqu’un vampire à trente, quarante ans d’existence, et qu’il voit tous ses amis mourir, devenir séniles et méconnaissables par rapport à ce qu’ils ont été durant la fraîcheur d’une jeunesse partagée. Ou bien à cent ans, environ, lorsque le monde qu’il a connu s’est transformé ; quand tous les petits détails qui lui étaient si précieux ne sont même plus dans les mémoires. Lorsqu’il n’y a plus personne pour se remémorer les chanteurs dont les voix tissaient si inextricablement la chaîne et la trame de ce temps-là. Il devient ensuite d’être plus aisé d’être insouciant , de se laisser aller au gré des jours.

Une histoire de vampire ça vous tente ? Non, ne fuyez pas, j’en vois déjà prêt à tourner les talons, encore marqués par leur overdose récemment causée par le succès phénoménale rencontré par la « bit-litt ». Et bien vous pouvez oublier toute idée de récit à l’eau de rose relatant les amours d’une jeune fille en fleur et d’une créature de la nuit, car ce n’est absolument pas le propos ici. Non, moi je vous parle d’une véritable histoire de vampire, de celles qui vous fascinent autant qu’elles vous angoissent et qui enflamment votre imagination au point de vous voir irrationnellement redouter de vous retrouver seul dehors à l’approche du crépuscule.

Voilà le genre d’histoire qui naît sous la plume de Barbara Hambly, prolifique auteure américaine qui m’était jusqu’alors totalement inconnue et que je regrette de ne pas avoir découvert plus tôt. Car autant vous l’avouez d’emblée, cet ouvrage, réuni par les éditions Mnémos sous forme d’intégrale et composé en réalité de deux romans distincts, fut un véritable coup de cœur. Le lecteur s’y retrouve transporté dans une Angleterre du tout début du XXe siècle en tout point semblable à la notre, à l’exception près qu’y résident plusieurs représentants de la race des vampires, se repaissant depuis des siècles du sang d’infortunés Londoniens tout en dissimulant au mieux leur existence aux yeux des mortels. Ou du moins était-ce le cas jusqu’à ce qu’Ysidro, vampire d’origine espagnole plusieurs fois centenaire, ne se décide à faire appel au professeur Asher, ancien espion anglais et philologue, afin de résoudre le mystère lié à l’assassinat successif de plusieurs vampires… Mais quelle créature serait assez folle pour s’en prendre à ces redoutables tueurs dotés d’une force surhumaine et de capacités mentales et sensorielles extraordinaires? Un homme, un vampire… ou quelque chose de plus terrible encore ?

Avec « Le sang d’immortalité », Barbara Hambly nous embarque dans une aventure captivante, à mi-chemin entre l’horreur, le fantastique et le thriller, et à laquelle je serai bien en peine de trouver un quelconque défaut : les personnages sont attachants et possèdent à la fois profondeur et ambiguïté ; l’intrigue nous tient en halène du début à la fin grâce à un rythme endiablé et une succession de rebondissements plus inattendues les uns que les autres ; et surtout, l’ambiance qu’est parvenue à mettre en place l’auteur participe dès les premières lignes à complètement immerger le lecteur qui ne s’en tirera pas sans quelques frissons d’angoisse (le roman a après tout été récompensé en 1989 par le prix Locus du meilleur roman d’horreur). Bien loin des « Twilight » et compagnie, l’ouvrage serait sans aucun doute davantage à rapprocher du célèbre « Entretien avec un vampire » d’Anne Rice, ou encore de l’excellent « Riverdream » de G. R. R. Martin, tant en ce qui concerne l’ambiance que les réflexions proposées quant à la nature même de ces créatures diurnes (quelles sont les conséquences de l’immortalité ? Pourquoi ce besoin irrésistible pour le sang humain ? De quels genres de sentiment les vampires sont-ils encore capables ?)

Avec ces deux romans Barbara Hambly se réapproprie avec talent et originalité le mythe ô combien vu et revu du vampire, se rapprochant ainsi davantage de la célèbre Anne Rice dont on perçoit sans mal l’influence. Car bien éloigné des monstres avides de sang de Richard Matheson (« Je suis une légende ») ou de l’amoureux transi de Stéphanie Meyer (« Twilight »), les créatures dépeintes ici possèdent une véritable profondeur qui nous les rend à la fois attirants et repoussants, fascinants et terrifiants. Et c’est là toute la force de cet ouvrage qui m’aura à plusieurs reprises fait veiller jusque bien tard, tant par intérêt pour l’intrigue que par légère angoisse d’étendre les lumières. Alors avis aux amateurs…