Le Déchronologue

Titre : Le Déchronologue
Auteur : Stéphane Beauverger
Éditeur : La Volte (Folio SF en poche)
Date de publication : 2009 (2011 pour la version poche)
Récompenses : Grand Prix de l’Imaginaire 2010

Synopsis : « Je suis le capitaine Henri Villon, et je mourrai bientôt.Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends. » Ainsi débute le récit du capitaine Villon. Il lutte avec son équipage de pirates pour préserver sa liberté dans un monde déchiré par d’impitoyables perturbations temporelles. Son arme : le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps.

Note 4.0

Des regrets? Trop pour m’épancher plus longtemps et pas assez pour ne pas accepter le sort qui m’attend. La seule femme que j’aie jamais aimée n’a pas voulu de mon amour. Tous mes amis les plus chers sont morts, je fus souvent responsable de leur trépas. Puisque mes rêves ont révélé un goût de cendres, pourquoi craindre de disparaître?

Le capitaine Henri Villon bourlingue depuis longtemps déjà sur les mers des Caraïbes lorsqu’il se voit confier la délicate mission de percer à jour le mystère des perturbations temporelles qui menacent dangereusement l’équilibre de la région. L’auteur nous plonge dès les premières pages dans l’ambiance de ce XVIIe siècle et nous fait voyager au fil du roman de l’île de la Tortue dont tous se disputent la suprématie à l’horreur des geôles espagnoles en passant par les territoires sauvages et inexplorés des indiens Itza. « Le Déchronologue » foisonne d’idées extrêmement originales comme la présence des « maravillas » (objets merveilleux issus de notre époque échoués dans celle du récit) ou encore la volonté de l’auteur de faire véritablement prendre conscience aux lecteurs des désordres temporels qui menacent en bouleversant l’ordre des chapitres qui ne suivent pas la chronologie des événements.

Si cette initiative entraîne parfois quelques confusions, on ne se laisse pas moins embarquer dans l’intrigue et ce malgré sa complexité tant certaines scènes sont prenantes. Difficile par exemple de rester indifférent face l’épique rencontre des trirèmes d’Alexandre le Grand avec une frégate du XVIIIe… Nul difficulté non plus pour s’identifier au protagoniste, marin bourru et solitaire mais qui nous est immédiatement sympathique, dont on suit avec plaisir les aventures et dont on partage les doutes et les épreuves (les passages consacrés à son séjour aux mains des Espagnols sont particulièrement saisissants). Les personnages secondaires ne sont pas en reste, qu’il s’agisse de la mystérieuse Sévère, du canonnier le Baptiste ou encore de l’indien Itza Arcadio, tous très difficiles à saisir mais au final attachants.

Un roman très original dont on comprend sans mal pourquoi il fut récompensé en 2010 par le Grand prix de l’imaginaire. Stéphane Beauverger est incontestablement un auteur de talent dont j’attends avec impatience les prochains écrits.

Autres critiques : Yvan Gruznamur (EmOtionS)