Un visage pour l'éternité

Titre : Un visage pour l’éternité (Till we have faces)
Auteur : C. S. Lewis
Éditeur : Le livre de poche
Date de publication : 2007 (1956 pour la version originale)

Synopsis : Le roi de Glome a trois filles. L’aînée, Orual, est fort laide, et porte une affection démesurée à Istra, la benjamine, la plus belle et la plus douce créature de ce royaume barbare. Mais, victime de l’obscurantisme religieux, cette dernière est sacrifiée au dieu de la Montagne grise. Des années plus tard, Orual est devenue reine, une souveraine crainte et respectée. Meurtrie par les regrets et la solitude, elle se souvient de l’enseignement d’un vieil esclave grec ramené par son père lors d’une campagne, et entreprend le récit de son combat contre les dieux.

Note 3.5

Il n’y a pas de créatures aussi nuisibles à l’homme que les dieux. Qu’ils répondent à mon accusation s’ils le peuvent. Peut-être, au lieu de me répondre, vont-ils me frapper de folie ou de lèpre, me changer en bête, en oiseau ou en arbre. Mais alors, le monde entier ne saura-t-il pas que c’est parce qu’ils n’ont pas de réponse ?

Outre le très célèbre cycle des « Chroniques de Narnia », C. S. Lewis compte à son actif un certain nombre d’autres ouvrages parmi lesquels figure « Un visage pour l’éternité » que beaucoup considèrent comme son œuvre la plus aboutie. L’auteur nous offre ici une excellente réécriture du mythe de Psyché et Cupidon relaté pour la première fois par Apulée dans ses « Métamorphoses » et que l’on connaît encore tous aujourd’hui : un roi avait trois filles dont la dernière et la plus belle, Psyché, suscita la jalousie d’Aphrodite qui la condamna à être sacrifiée. Mais Cupidon, éprit de la jeune femme, l’arracha à son triste sort et la prit pour épouse, sans toutefois lui permettre de poser les yeux sur lui afin qu’elle demeure dans l’ignorance de sa nature divine. Sur les conseils mal intentionnés de ses deux sœurs, Psyché ne put toutefois résister à braver l’interdit ce qui lui valut le bannissement. Tout est bien qui finit bien malgré tout puisque, selon la légende, Psyché parvient à regagner les bras de son Cupidon après avoir triomphé des maintes épreuves que lui avaient imposée Aphrodite.

Loin de tomber dans la facilité, C. S. Lewis opte pour l’originalité en choisissant de nous relater le mythe du point de vue, non pas de Psyché comme on pouvait s’y attendre, mais d’Orual, sa sœur aînée, souveraine du royaume barbare de Glome. La narration se fait ainsi à la première personne et prend la forme d’un journal dans lequel la jeune femme entreprend de revenir sur l’amour complexe qu’elle porte à sa sœur et sur le moment qui fit basculer cette affection : le sacrifice de Psyché et sa rencontre avec Cupidon. L’auteur en profite pour développer à travers le mythe des thématiques qui lui sont propres comme le danger d’un amour possessif et dévorant, l’influence des dieux sur la vie des hommes, la façon pour une femme de s’accommoder de sa laideur… Outre le côté captivant de l’intrigue et l’intérêt porté aux sujets abordés, le style, très proche de celui des auteurs antiques, qu’a choisi d’adopté l’auteur participe à donner un charme certain au roman qui frappe avant tout par son aspect tragique.

Une découverte aussi surprenante que réjouissante qui permet de découvrir l’auteur des fameuses « Chroniques de Narnia » sous un autre jour et de se replonger dans un des mythes les plus célèbres de la civilisation grecque.