Metaphysique du vampire

Titre : Métaphysique du vampire
Auteur : Jeanne A. Debats
Éditeur : Ad Astra
Date de publication : 2012

Synopsis : Raphaël est un drôle de vampire. Non seulement il est vieux et immortel, mais il entretient un rapport ambigu avec le Vatican. Pour tout dire, il travaille en sous-main pour lui… comme espion assassin. Avec ses dons de vision, ses capacités surnaturelles, il ne peut être qu’un agent hors normes ! Et, voici qu’il se rend au Brésil, mis sur la trace d’une autre créature de la nuit dangereuse, qu’il doit capturer… ou éliminer. Accompagné d’un prêtre, Ignacio, et d’une vampire, Dana, le voici embarqué dans une sombre aventure où la moindre erreur de jugement peut se révéler fatale. Mais Raphaël pense. Lui.

Bibliocosme Note 3.0

J’ai déjà constaté ça chez les gens qui sont très souvent en contact direct avec leurs divinités : ils ont tendance à considérer avec beaucoup de sérieux chaque mot tombé de lèvres surnaturelles et en même temps, ils sont d’une incroyable familiarité. Les monothéistes sont moins relax dans les mêmes situations. Un rien les affole. J’ai déjà vu un chrétien devant un ange, croyez-moi, ça vaut le déplacement si on aime les scènes de panique. Quelque part, je préfère les athées, au moins il leur arrive de me surprendre. On ne sait jamais trop comment ils vont réagir. Et ils ont raison en plus. Quand on ne se préoccupe pas des dieux, ceux-ci nous le rendent bien ; la vie est beaucoup plus simple, même si elle n’en est pas moins garce.

Avec « Métaphysique du vampire », Jeanne-A. Debats quitte pour une fois le domaine de la science-fiction pour ceux du fantastique et de la bit-litt. Connaissant déjà un peu le style percutant et très cynique de l’auteur, ce mélange des genres me semblait prometteur, et le résultat ne m’a pas déçu. Il faut dire que l’auteur a le don pour dépoussiérer tous les vieux clichés qui collent malheureusement souvent à la peau de ce type de roman : cette fois, nous sommes dans les années 1960, alors que se poursuit la traque des criminels de guerre nazis ayant échappé à leur procès après la Seconde Guerre Mondiale, et le protagoniste n’est pas une fille canon et grande gueule trimbalant de gros pistolets (comment, je caricature ?) mais un vampire séculaire cynique, solitaire… et travaillant pour le compte du Vatican. Avouez que le pitch de base change un peu de l’ordinaire, et c’est ce qui fait l’un des principaux attraits de ce roman dont le véritable sujet n’est pas le surnaturel mais plutôt la monstruosité : de quoi s’agit-il réellement et dans quelle mesure peut-on la détacher de la définition de ce qu’est la nature humaine ? Qui a dit qu’on ne pouvait pas réfléchir grâce aux littératures de l’Imaginaire ?

Parmi les autres points forts du roman figure évidemment l’univers élaboré par Jeanne A. Debats, univers d’ailleurs déjà existant et auquel l’auteur a consacré plusieurs nouvelles parues dans diverses anthologies et recueils : « Gilles au bûcher » dans « La Vieille Anglaise et le Continent » où on en apprend davantage sur le « créateur » du héros du roman ; « Le Blues du Vampire le soir au-dessus des paraboles » dans « Fiction 2011 » ; ou encore « Eschatologie d’un vampire » dans « Elfes et assassins ». La volonté de l’auteur est claire, il s’agit de mettre en place une vaste fresque dans laquelle coexisteraient tous les genres de l’Imaginaire, de la fantasy à la SF en passant par le fantastique, la fantasy urbaine, la bit-litt… Un projet de grande ampleur mais qui ne manque pas d’attraits. Parmi les autres points forts du roman, citons également la plume de l’auteur, pleine d’humour et toujours aussi incisive et mordante. Une seule ombre au tableau, mais hélas de taille : la trop grande brièveté de l’ouvrage (un peu moins de deux cent pages). L’intérêt du lecteur pour les personnages et l’histoire en pâtit, et c’est d’un œil presque distrait que l’on suit l’avancée de l’intrigue, bien trop vite résolue.

« Métaphysique du vampire » avait au départ été pensé par l’auteur comme une nouvelle, et cela se ressent malheureusement un peu trop. Le cadre, les personnages et certains éléments de cet univers sont cela dit intéressants et c’est avec plaisir que je poursuivrai ma découverte des textes de Jeanne A. Debats qui, décidément, semble aussi à l’aise en SF qu’en fantastique ou en fantasy. Ne vous laissez donc pas rebuter par la brièveté de l’ouvrage, la réflexion qu’il propose ainsi que l’ironie et la brutalité qui imprègnent chaque réplique valant à elles seules le détour.

Autres critiques : Allan Dujipérou (Fantastinet)