Boule et Bill (film)

Titre : Boule et Bill
Réalisation : Alexandre Charlot et Franck Magnier
Scénario : Alexandre Charot et Franck Magnier, d’après Jean Roba
Acteurs principaux : Frank Dubosc, Marina Foïs, Charles Crombez, Nicolas Vaude, Lionel Abelanski, avec les voix de Manu Payet et de Sara Giraudeau
Date de sortie : 27 février 2013
Budget : 16,7 M€

Synopsis : Tout commence à la SPA. Un jeune cocker se morfond dans sa cage. Il ne trouve pas les maîtres de ses rêves. Soudain, apparaît un petit garçon, aussi roux que lui. Qui se ressemble s’assemble : c’est le coup de foudre. Pour Boule et Bill, c’est le début d’une grande amitié. Pour les parents, c’est le début des ennuis… Et c’est parti pour une grande aventure en famille !

Note 0.5

J’ai une vie géniale : je suis gardeuse de chien.

Comme j’ai pu l’avouer après la lecture de Cinquante nuances de Grey, mon côté fétichiste, voire SM, me pousse parfois à faire des expériences qui ne devraient dignement pas avoir lieu. Le visionnage du film Boule et Bill en fait partie.


 

Produit par TF1 et compagnie, le film Boule et Bill s’affiche directement comme une « comédie familiale », et vire très rapidement, comme beaucoup de ses prédécesseurs, à la comédie franchouillarde bas de gamme. Tant de points font défaut et se transforment même en poids lourds pour nos pauvres esprits chagrins.

Alors déjà abordons ce qui parle en premier au public : la distribution. Le personnage de Boule est l’occasion de créer une énième fausse star enfantine en la personne de l’inconnu Charles Combez ; il campe un Boule niais au possible et cela devient très vite énervant. Pour prêter leur voix à ses animaux de compagnie, nous retrouvons Manu Payet, qui fait ce qu’il peut pour animer le cocker Bill mais vraiment tous ses dialogues finissent par être très ridicules, et Sara Giraudeau, qui anime une tortue Caroline, limite nymphomane, qui serait presque en train de se toucher quand Bill vient lécher la vitre de son vivarium : avouez que pour une comédie familiale, on est davantage dans la blague pure et directe que dans le décalage fin et subtil. En termes de subtilité, de toute façon, passez votre chemin, puisque le reste des personnages se résume aux parents de Boule en la personne de Frank Dubosc et Marina Foïs : le charisme du premier fait trembler d’effroi et on comprend pourquoi il revient dès cette année à ce qu’il sait faire, les spectacles seul-en-scène ; même si elle n’a que trois lignes de dialogue rébarbatif, la seconde fait partie de la majorité des scènes car l’intrigue se focalise quasiment uniquement sur l’entente entre les parents, notamment autour de la rengaine de Boule, « vous allez divorcer ? ».

Venons-en justement au scénario, car normalement une bonne adaptation se doit de saisir les bonnes idées du matériau de base et les subtilités à transcrire différemment à l’écran. Alors déjà, pourquoi situer l’ « intrigue » en 1976 ? Personnellement, vu l’épaisseur du scénario, je n’y vois que deux raisons possibles et complémentaires : seulement pour faire une bande originale uniquement composée de toutes les musiques yé-yé possibles et imaginables, tout en pouvant caser la question des habitats collectifs (ah, le pouvoir nostalgique des HLM en France !) et des possibles problèmes de couples qui en résultent (oui, je sais, ça laisse rêveur, n’est-ce pas ?). Le seul point d’éclaircissement devrait rester l’utilisation des dessins de Jean Roba lui-même comme élément de l’intrigue ; toutefois, comme au lieu d’en faire un bon clin d’œil, ils s’en servent pour justifier toute l’intrigue, cela en devient ridicule. Finalement, il n’y a que les cinq dernières minutes qui pourraient vaguement être l’adaptation de la bande dessinée Boule et Bill (payez 10€ ou plus la place de ciné pour avoir si peu de contenu, profitez !) : la famille, habitant une charmante maison individuelle, voit le fils unique jouer avec son meilleur ami et son animal de compagnie (je vous laisse répartir Bill et Pouf dans ces deux descriptions), tandis que le papa s’attache à être en fait Jean Roba lui-même en dessinant les aventures comiques de sa famille.

De très mauvais choix en définitive plombent tout le rythme d’une réalisation si plate que le ras des pâquerettes aurait été un sommet. C’est un film pour enfants d’accord, c’est une « comédie familiale » d’accord (cette expression est tout de même vraiment horrible…), mais là c’est prendre les enfants et leur famille pour de vrais cons ! Pas une fois, le ton soi disant comique ne m’a arraché un sourire ; et je n’ai pourtant pas encore l’impression d’être un vieux frustré de la vie (un jour, sûrement…). De plus, un peu à l’image des Profs, c’est vrai, il faut absolument bannir cette manie de multiplier les scènes musicales : nous ne sommes ni dans un dessin animé Disney (heureusement d’ailleurs vu le niveau sonore), ni dans une comédie musicale pour jeunes américains décérébrés ! Tout cela fait que nous subissons avec ce Boule et Bille un cauchemar constant dont on a continuellement envie de se réveiller. Or, miracle ! Tout cela se stoppe net arrivé vers à peine 1h15 de film, c’est pour vous dire la consistance du truc ! (1h22 officiellement, mais avec l’ensemble de tous les génériques, ça aide aussi) Et justement, il existe une scène post-générique (et oui, j’ai attendu jusque là !), qui, à sont tour, ne sert à rien, elle aussi.

Quand on voit qu’un tel film fait deux millions d’entrées, même s’il a été programmé pendant les vacances scolaires et qu’il est à destination des enfants, c’est franchement aberrant. Le cinéma français me fait peur quand il vogue sur ces dérives-là.