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Titre : La chasse sauvage du colonel Rels
Auteur : Armand Cabasson
Nouvelles : 1348 ; La chasse sauvage du colonel Rels ; L’héritage ; Le Roi Dieu-Loup ; Giacomo Mandeli ; Les chuchotements de la lune ; Saint Basile le victorieux ; Le Minotaure de Fort Bull ; Les Mange-Sommeil
Éditeur : ActuSF
Date de publication : 2013

Synopsis : Lorsque la fantasy se perd dans les méandres de l’Histoire… on peut voir le roi Peste mener ses troupes dans un Londres ravagé par la maladie. Partir à la rencontre de Giacomo Mandeli, peintre de génie contraint de travailler pour l’’Inquisition. Suivre les Vikings de Knut affrontant les armées anglo-saxonnes, ou, alors que la guerre de Sécession fait rage, vivre la dernière chasse sanglante du colonel Rels. Russie, Japon, Irlande, Espagne, États-Unis… Armand Cabasson nous entraîne dans un périple à travers l’’Histoire, les légendes et les guerres, pour nous offrir des moments de fantasy forts, puissants, servis par une poésie sauvage.

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Pourquoi les anges ? se demanda-t-il. L’idéal de pureté. Les Cieux. L’éden, le paradis perdu. Faites se corrompre l’âme d’un ange, alors ses ailes tombent d’elles-mêmes, l’ange chute sur terre, et vous obtenez un homme de plus. Il en arriva à la conclusion que les hommes étaient des anges déchus. Les femmes continuaient à accoucher d’angelots. Mais la corruption des adultes les contaminaient avant même que ces angelots n’aient le temps de se changer en ange, que leurs ailes percent et poussent, qu’ils prennent conscience de leur nature divine. Telles des larves qui ne parvenaient plus à se changer en papillons et se transformaient en araignées. (Giacomo Mandeli)

A l’initiative du collectif des Indés de l’Imaginaire, sont simultanément apparus dans nos librairies le 22 août dernier trois romans signés par trois des plus belles plumes des littératures de l’imaginaire français : « Même pas mort » de Jean-Philippe Jaworski, « Mordred » de Justine Niogret, et « La chasse sauvage du colonel Rels » d’Armand Cabasson. Si les deux premiers bénéficient aujourd’hui d’une importante renommée, le dernier s’était depuis quelques années fait plutôt discret, ne publiant plus ici et là que quelques nouvelles dans diverses anthologies. L’attente aura de toute évidence été bénéfique à Armand Cabasson qui nous offre avec ce recueil un ouvrage remarquable mettant en scène une multitude d’univers plus dépaysants et fascinants les uns que les autres. Parmi les neufs textes ici proposés figurent des nouvelles aussi bien très réalistes que faisant intervenir des éléments fantastiques. Toutes ont cela dit en commun une attention extrême portée à la psychologie des personnages (il faut dire aussi que l’auteur exerce également le métier de psychiatre) ainsi qu’aux décors qui plongent pour la grande majorité d’entre eux leurs racines dans notre Histoire.

Du Moyen Age au XVIe siècle japonnais en passant par la guerre de sécession américaine ou encore le conflit opposant Anglo-saxons et Vikings, Armand Cabasson nous entraîne ainsi à différents moments clés de l’histoire du monde qu’il nous propose de (re)découvrir par le prisme du fantastique. Les époques et lieux évoqués sont nombreux et ne manquent pas de séduire par leur originalité. Il faut dire que les récits fantastiques se déroulant dans la Russie du Moyen Age, le camp sudiste des États-Unis du XIXe ou encore l’âge d’or des samouraï ne sont pas particulièrement légion ! N’allez cependant pas déduire de cette diversité dans le choix des décors que le recueil ne possède aucune cohérence, bien au contraire. Car à travers ces neufs nouvelles, Armand Cabasson ne s’intéresse pas seulement à la thématique de la guerre, pourtant essentielle, mais plutôt à celle du changement, ou plutôt comment tel personnage à telle époque va t-il réagir à tel changement ? Parmi tous les textes présents au sommaire, certains ressortent évidemment davantage que d’autres, bien que tous ne manqueront pas de procurer, chacun à leur façon, beaucoup de plaisir au lecteur.

Parmi les meilleurs figurent à mon sens « Giacomo Mandeli », nouvelle consacrée à la question de l’artiste confronté à un pouvoir totalitaire et mettant en scène un peintre de génie dans l’Espagne de l’Inquisition (époque déjà utilisée par l’auteur dans sa nouvelle « Le baiser de la sorcière » parue dans l’anthologie « Les dames baroques »). Pari également réussi pour « Le Minotaure de Fort Bull », texte consacré à la bataille désespérée menée par un général sudiste, ou encore « 1348 », texte dépeignant une ville de Londres rendue méconnaissable par l’arrivée du Roi Peste et la maladie qui rôde dans son sillage. « Le Roi Dieu Loup » consacré à ceux que l’on nomme bersekers (guerriers-fauves entrant dans une fureur sacrée lors des batailles) et « Saint Basile le victorieux » mettant en scène un souverain russe éclipsé par un saint à la création duquel il est à l’origine (époque elle aussi déjà utilisée par l’auteur dans « Serpent-Bélier » paru dans « Rois et capitaines« ), figurent également parmi les bonnes surprises de ce recueil. S’il n’y a qu’un reproche que l’on pourrait faire aux textes d’Armand Cabasson, ce serait cela dit leur trop grande brièveté. Au vue de la qualité des décors et des personnages créés, le lecteur aurait en effet été en droit de s’attendre à des intrigues un peu plus étoffées et à des fins moins abruptes qui, trop souvent, frustrent plus qu’elles ne contentent.

Malgré ce léger défaut, le pari est de toute évidence réussi pour Armand Cabasson qui n’a certainement pas à rougir devant les deux mastodontes que sont Justine Niogret et Jean-Philippe Jaworski. Avec « La chasse sauvage du colonel Rels », l’auteur nous offre un recueil qui tient pleinement ses promesses et nous embarque, le temps de quelques pages, dans des décors exceptionnels. Amateurs d’Histoire, de fantastique, de personnages attachants et complexes et de récits épiques, n’hésitez plus, ce recueil est fait pour vous !

Voir aussi : La critique d’Asavar (Elbakin)