Agent 6

Titre : Agent 6
Série : Cycle de Léo Demidov, tome 3
Auteur : Tom Rob Smith
Éditeur : Belfond (Belfond noir)
Date de publication : mai 2013

Synopsis : Après le succès d’Enfant 44 et de Kolyma, la quête haletante et désespérée d’un homme pris dans l’étau de la paranoïa et de la violence, sur fond d’URSS poststalinienne, de maccarthysme et d’invasion russe en Afghanistan.
1965. Pour apaiser les tensions entre leurs deux pays, États-Unis et URSS réunissent quelques étudiants pour un concert pacifique à Manhattan. Parmi les membres de la délégation russe : Raïssa Demidova et ses deux filles.
Contraint de rester à Moscou, Leo Demidov, ancien agent du KGB, s’interroge : pourquoi le parti a-t-il sélectionné sa famille ? Doit-il croire à un retour en grâce des siens ?
Mais devant le siège des Nations-Unies, c’est le carnage : un chanteur noir américain, fervent partisan communiste, est abattu, et Raïssa est accusée du crime.
Machination du FBI ? Complot de la police secrète soviétique ?
Des prisons du Kremlin aux montagnes afghanes dévastées par la guerre, Leo va devoir traverser l’enfer pour retrouver l’Agent 6, celui qui détient la clé de ce cauchemar…

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Comme le disait J. Edgar Hoover : « Le but du contre-espionnage est de réprimer, et peu importe qu’il existe ou non des pièces à conviction. »

Comme j’étais heureux d’avoir, grâce à Babelio, à ses Masses Critiques et aux éditions Belfond, l’occasion de découvrir un thriller politique sur fond oppressant de Guerre froide. J’ai mis le temps, mais j’ai enfin fini ce petit pavé pour en proposer une critique que j’espère constructive.


 

Disons-le tout de suite, j’ai été vraiment gêné par ce roman, que j’ai trouvé bien long à terminer. C’est avant tout un problème de cohérence dans l’enchaînement de l’intrigue qui m’a le plus interloqué. En effet, nous débutons par une ambiance digne d’un thriller d’espionnage (j’avoue qu’au départ, je m’attendais à du Jason Bourne ou du Spinter Cell, avec plaisir évidemment), sans surplus d’action malgré tout ; puis, nous obliquons violemment vers un récit social orienté sur les différences à la fois entre Noirs et Blancs d’un côté, et entre « pauvres communistes » et « consuméristes américains » de l’autre ; pour finir, nous revenons à une escapade au long cours, plus classique, qui prend sa source dans Afghanistan occupée par l’U.R.S.S. Notons qu’entre ces différentes parties, quinze ans passent à chaque fois ! Là, niveau cohérence, cela m’a gêné.

Il y a heureusement quelques bons points : je ne jette pas tout en bloc, loin de là. Du point de vue du rythme déjà, le choix des chapitres courts peut sembler simple, mais cela rend au moins l’ensemble résolument nerveux. De plus, Agent 6 semble être le troisième tome des aventures de Leo Demidov, après Enfant 44 et Kolyma ; or, malgré le fait que l’intrigue se déroule avant et après ces autres opus, sur plus de trente ans de la vie du héros, il est tout à fait possible de lire ce roman sans aucune autre connaissance de ses personnages, Léo Demidov en premier évidemment. Les personnages, puisqu’on en parle, sont plutôt intéressants, mais il est dommage de ne les voir seulement quelques chapitres chacun, car ils ne font en fait que graviter autour du héros principal.

Mais bon, ces quelques aspects appréciables ne sont pas des arbres assez gros pour cacher la forêt. Qu’il est dommage aussi, par exemple, et vraiment préjudiciable, de voir chaque chapitre débuter par l’emplacement de l’action, par le moment également : à quoi sert-il de donner des informations que nous retrouverons de toute façon dans le texte du chapitre ? Quand on voit le nombre incroyable de chapitres, pourquoi donc y retrouver à chaque fois des informations comme le nombre de kilomètres qui nous séparent d’Islamabad ou de Kaboul ? Enfin, je ne comprends vraiment pas où se trouve le suspense vanté dans ce roman ! Tout simplement, la quasi totalité des éléments fondamentaux de l’intrigue sont en fait dévoilés à la fin du premier tiers, lors de la mort d’un personnage (petit spoiler certes, mais il est annoncé dans la quatrième de couverture…). Le reste à découvrir n’est que broutilles sans grand intérêt à côté du sens à donner à cette mort. Or, évidemment, notre héros, Léo Demidov, lui, n’est au courant de rien et subit la propagande qui vante une vérité officielle différente. Ce simple décalage est rattrapé à la toute fin puisqu’il découvre le pot-aux-roses, mais nous, lecteurs, ne savions pas déjà tout cela, ou presque, depuis trois cent pages ?

De la même façon, ce cher Lehane-fan nous fait remarquer, à juste titre, que la quatrième de couverture retrace bien au moins deux cent pages du roman, pour moi on peut même y trouver le résumé des 450 premières, ni plus ni moins ! D’ailleurs, le titre-même me semblait incongru jusqu’à cette rassurante page 462 qui explique (enfin !) son intérêt… Intérêt-mystère qui ne tiendra, en tout et pour tout, que treize pages exactement pour que l’on découvre qui se cache derrière ce sobriquet. Et pour vraiment nous finir bien comme il faut (oui, je n’ai pas encore terminé, en fait !), nous avons la désagréable surprise de trouver des pages interverties : ce n’est pas très gênant au bout du compte, mais ajouté au reste, ça la fout mal quand même.

Pour conclure (parce qu’il va être temps d’arrêter quand même !), je reviens de cette lecture avec un fort goût amer, car cet ouvrage fut long à terminer et j’ai l’impression d’avoir perdu mon temps : m’arrêter aux deux cents premières pages, voire au résumé (que je n’avais pas lu au départ), aurait très bien pu me suffire. Comme je l’ai dit ce n’est pas le style qui m’a bloqué, mais bien l’agencement global de l’intrigue. Peut-être que c’est moi qui n’ai rien compris, au vu des autres critiques, ou bien peut-être les deux autres romans de cette série sont plus nécessaires qu’ils n’y paraissent pour la compréhension, je ne sais vraiment pas. En attendant, il va être urgent pour moi que je me refasse un vrai bon polar des familles car celui-ci n’en est pas un, c’est sûr, et je reste sur ma faim…

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