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Que ce soit dans les romans, les films ou encore les jeux vidéo consacrés à la fantasy, les personnages féminins peinent parfois à se voir accorder la place qu’elles méritent. Il n’est ainsi pas rare de rencontrer deux extrêmes. Le premier consiste en l’archétype de la demoiselle en détresse : les femmes ne servent alors que de simples faire-valoir au héros, ou bien sont complètement effacées et souffrent d’un manque de personnalité affligeant. Le second extrême tend à mettre en avant des femmes « fortes » mais essentiellement présentées comme de super-guerrières ultra sexy et bien peu crédibles. Parce que non, combattre avec des talons de quinze centimètres ou presque complètement dévêtu, ça ne se fait tout simplement pas ! Le sujet commence cela dit de plus en plus aujourd’hui à faire débat, alors que le nombre de femmes adeptes de ce genre de littérature ou de jeux va croissant. En témoigne ce petit « coup de gueule » humoristique d’une joueuse concernant le caractère sexiste et proprement ridicule de la plupart des armures revêtues par les personnages féminins de jeux de rôle. A ceux que le sujet intéresserait, je conseillerai également cet excellent article (en anglais) consacré aux armures portées par les personnages féminins dans les films ou jeux vidéo de fantasy qui explique par le détail tous les inconvénients et les incohérences de la plupart des équipements dont se voient accoutrer les femmes. Je vous laisse vous-même juger dans l’illustration ci-dessous laquelle de ces deux tenues est à recommander en cas de combat et l’autre à proscrire…

GameOfThrones_S2_Brienne_of_Tarth_02[1]

Parallèlement à cela, on assiste malgré tout ces dernières années à un certain renouveau, lié en partie à la multiplication sur la scène des littératures de l’imaginaire de plus en plus de femmes venues rejoindre les Ursula K. Le Guin, Lisa Tuttle, Marion Zimmer Bradley et autre Robin Hobb. Citons par exemple Justine Niogret qui a su dernièrement séduire un large lectorat en France grâce à son héroïne Chien du heaume, mercenaire bien éloignée des standards et stéréotypes cités ci-dessus. On pourrait également mentionner Suzanne Collins et son héroïne Katniss mise en scène dans « Hunger Games », ou encore Helen Lowe, auteur de la trilogie « Le mur de la nuit » et d’ailleurs à l’origine d’un petit article (encore une fois relayé par l’excellent site Elbakin.net) consacré aux femmes fortes en fantasy. Les auteurs masculins ont également (et heureusement !) eux aussi considérablement évolué et contribué à créer des personnages féminins cohérents et convaincants. Difficile de ne pas penser à G. R. R. Martin et à sa série « Le trône de fer » dans laquelle n’importe quelle lectrice ne manquera pas de trouver une héroïne à son goût tant celles-ci sont nombreuses, extrêmement différentes les unes des autres et surtout travaillées avec soin, de la guerrière Brienne à Catelyn, mère de famille forte et dévouée, en passant par l’envoûtante Mélisandre, Asha, capitaine de navire, et bien sur Daenerys. Joe Abercrombie s’est également tout récemment prêté au jeu en mettant en scène dans « Servir froid » le personnage de Monza Murcatto, mercenaire implacable en quête de vengeance et fort bien développée, tandis qu’au cinéma, Peter Jackson a fait le choix d’ajouter au casting du « Hobbit » un personnage absent de la version originale afin d’inclure une femme parmi les acteurs (Evangeline Lilly dans le rôle de Tauriel). .

Tauriel_portrait_-_EmpireMag[1]

Si la plupart des auteurs évitent désormais de retomber dans les vieux clichés, le rôle accordé aux femmes chez certains n’en demeure pas moins à désirer. Au risque de me faire lyncher, je me sens obligé de citer ici Robert Jordan et son cycle « La roue du temps » (que, par ailleurs, j’affectionne beaucoup). Car si les personnages féminins se voient certes attribuer des rôles de premier plan (les Aes Sedai, les Vierges de la Lance…), la quasi totalité d’entre elles sont toutefois présentées comme de véritables pestes : irascibles, lunatiques, capricieuses, de mauvaise foi… Bref, même si les personnages féminins sont pléthores dans l’œuvre de Jordan, on ne peut pas dire qu’elles bénéficient d’un portrait plutôt flatteur ! S’il reste encore bien du travail à faire, il faut toutefois reconnaître que le nombre d’héroïnes de qualité dans les romans estampillés « littérature de l’imaginaire » est en nette croissance. Citons parmi elles Mara, habile politicienne à la tête de l’influente famille des Acoma chez R. E. Feist et Jany Wurts (« La trilogie de l’empire ») ; Madame, puissante sorcière charismatique et manipulatrice chez Glen Cook (« Les annales de la Compagnie Noire ») ; Phèdre, courtisane et espionne au service de sa reine chez Jacqueline Carey (« Kushiel ») ; ou bien plus récemment Alexia Tarabotti, jeune anglaise de l’époque victorienne faisant peu de cas des convenances de son temps et acceptant occasionnellement de jouer les Sherlock Holmes pour le compte de la couronne (« Le protectorat de l’ombrelle »).

Qu’elles soient fortes ou rebelles, guerrières ou sorcières, bonnes ou mauvaises, réalistes ou idéalisées, ces héroïnes méritaient bien un petit article, ne serait-ce que parce que le sujet reste aujourd’hui encore trop peu abordé. Allez, en bonus pour clore cet article, une petite vidéo issue de l’excellente série « Game of thrones » adaptée de l’œuvre de G. R. R. Martin par HBO et mettant en scène Emilia Clarke dans une scène désormais culte de la saison 3.