avant toi

Titre : Avant toi (Me Before You)
Auteur : Jojo Moyes
Éditeur : Milady
Date de publication : 22 mars 2013 (2012 en VO chez Penguin)

Synopsis : Quand Lou apprend que le bar où elle est serveuse depuis des années, met la clé sous la porte, c’est la panique. En pleine crise, dans ce trou paumé de l’Angleterre, elle se démène pour dégoter un job qui lui permettra d’apporter à sa famille le soutien financier nécessaire. On lui propose un contrat de six mois pour tenir compagnie à un handicapé. C’est alors que la jeune femme découvre Will, un jeune tétraplégique qui rêve de mettre fin à ses jours. Lou n’a que quelques mois pour le faire changer d’avis.

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Dites-moi quelque chose qui fait du bien.

Un roman d’amour, je n’y suis pas habitué ; Jojo Moyes, je ne connais pas ; de la littérature anglaise, je suis loin d’être contre. C’est donc la curiosité qui m’a, avant tout, porté vers la lecture d’Avant Toi. Merci évidemment à Babelio, via ses opérations Masse Critique, et aux éditions Bragelonne (dont j’adore particulièrement les publications de fantasy), via leur label Midaly, de m’avoir permis de découvrir les épreuves non corrigées de ce roman salué par les critiques outre-Manche.

Autant le dire tout de suite : je n’ai pas accroché. Et j’ai réfléchi longtemps avant de me convaincre de publier cette critique négative.

Nous avons là un roman d’amour sur le handicap, où la formulation du « bien penser » politiquement correct est omniprésente. On comprend rapidement la critique sous-jacente à propos de notre vision du handicap, qui est bien sûr mauvaise sous plusieurs points de vue, mais finalement les personnages de ce roman ne participent-ils pas à ancrer encore davantage ces stéréotypes et ces habitudes dans notre inconscient ? Pour moi, si, malheureusement. Et tout d’abord, les deux personnages principaux m’apparaissent comme des personnages adolescents qui tentent de réagir face à un monde mû par l’égoïsme pur. C’est peut-être ainsi que l’auteur se voit dans notre société, mais une telle vision conduit cette histoire vers des archétypes basiques qui ne font que fustiger des comportements que nous connaissons déjà sans jamais nous surprendre et surtout en nous balançant sans arrêt à la figure l’idéologie bien pensante qu’elle s’est fixée.

Le summum de la facilité est atteint quand l’auteur se focalise sur les choses faisables ou non par une personne handicapée dans notre petit monde anti-handicapé. Je dois sûrement être insensible pour ne pas y voir le culte de la différence ou l’acceptation du handicap sûrement souhaités par l’auteur, mais j’avoue trouver cela trop facile, tout simplement. Vivre avec le handicap, ce n’est justement pas le stigmatiser, à mon sens. Et puis alors, impossible de s’attacher à la compréhension des personnages ou de la société qui les entourent ; c’est peut-être à cause des larges généralisations faites à partir de la société anglaise, me direz-vous, mais « bizarrement », j’adore toute référence culturelle à une société donnée, d’habitude ; là j’ai fait chou blanc.

Je dirais même qu’il n’y a aucune surprise finalement (à part peut-être l’ultime dénouement) : chaque point de l’intrigue est annoncé cent pages avant, aucun personnage ne se surprend lui-même à sortir des sentiers battus. On voit tout venir, même la réflexion sur le rangement des CD (les lecteurs sauront). À force de constater ce genre de choses, comment apprécier la lecture ? C’est ce que je me suis demandé tout du long. Pourtant, il y a des bonnes idées, notamment celle de varier les narrateurs et les points de vue (même s’il n’y en a que quatre sur les vingt-sept chapitres !) : là encore, la remarque me semble basique, mais n’est-ce pas alors aberrant de ne jamais voir Will devenir le narrateur ? Parce que sur une telle histoire, son avis aurait, peut-être, pu être intéressant. Ce n’est qu’une idée toute personnelle, bien sûr…

Finalement, Jojo Moyes a tenté, pendant 480 pages, de rendre compliquée une situation assez limpide. Ce genre d’histoire n’a, à mon sens, pas besoin d’artifices pour devenir intéressante. Le pitch de départ, qui ressemble, comme beaucoup l’ont dit, au script du film Intouchables, devient au fil des pages une intrigue lourde et pesante, loin de la bonne humeur voulue autour du personnage de Louisa. Une déception donc, pour moi, qui aurait aimé être vraiment transporté et non être un spectateur d’une historiette mièvre, sans saveur et dont l’intérêt a rebondi sur moi sans jamais m’imprégner.

Je ferais également deux remarques encore un peu plus personnelles. Premièrement, avec un peu de recul, cette lecture fut une continuelle succession de « ah ! une idée intéressante » suivis par des « ah non… elle n’en fait rien » (ou bien par des « ça retombe comme une merde sur une planche », pour citer une série inspirée). Deuxièmement, j’avoue, en définitive, que j’irais presque jusqu’à dire que mon personnage préféré restera Patrick ! Simplement parce que, malgré ses nombreux défauts, il évite au moins les comportements contradictoires et est ouvert à la discussion, qualité trop rare chez les personnages de ce roman. Finalement, c’est lui qui s’en prend plein la tête !

Pour vraiment finir, j’utiliserais une citation dont j’use trop souvent sûrement : « À force de ne jamais être singulier, on finit par ne parler à personne ». Ce n’est pas en parlant d’amour ou de handicap qu’on crée une histoire singulière, la preuve : celle-ci, trop lisse, ne m’a pas parlé.

Voir aussi : Bianca (Des livres, des livres) ; Elora (Lectures d’Elora) ; Yvan Tilleul (Sin City)