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Titre : Les Voies d’Anubis (The Anubis Gates)
Auteur : Tim Powers
Éditeur : Bragelonne
Date de publication : 26 avril 2013 (1983 en VO chez Ace Books)
Récompenses : Prix Philip K. Dick 1983, Prix SF Chronicle du meilleur roman 1984, 2ème place du Prix Locus du meilleur roman de fantasy 1984, Prix Apollo 1987

Synopsis : Lorsque le professeur Brendan Doyle accepte de donner une conférence sur le poète anglais Coleridge, il est loin d’imaginer qu’il ne va pas tarder à le rencontrer en personne… en 1810 ! Car après avoir accepté l’offre d’un millionnaire ayant percé les mystères du voyage dans le temps, le voilà plongé dans une aventure rocambolesque, traversant un Londres peuplé de bohémiens, de mendiants douteux et de sorciers terrifiants, tel ce clown macabre qui règne sur le monde souterrain. Et pour couronner le tout, Doyle ne peut revenir à son époque, à moins de déjouer les plans malfaisants de mages égyptiens qui veulent ramener leurs anciens dieux à la vie. Mais osera-t-il prendre le risque de changer le cours de l’Histoire ?

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Un drôle d’état de fatigue, se dit-il, lorsqu’un type mort depuis plus d’un siècle vous fait des clins d’œil sur son portrait.

Eh, vous là, venez avec moi ! Suivez-moi sur Les Voies d’Anubis, ténébreuses et mystérieuses, celles qui vous feront parcourir le temps et découvrir un monde bien étrange, aux origines du steampunk.


 

Si vous avez, comme moi, lu et aimé Sur des mers plus ignorées, ne vous attendez pas à retrouver exactement les mêmes ingrédients : tout au plus, retrouvons-nous ici quelques idées de machineries, mais surtout une aventure picaresque au possible. De l’aventure abracadabrantesque, de la pauvreté à tous les coins de rue et du brigand comme on en fait plus ! De plus, pour une aventure à vapeur, ce steampunk carbure au diesel : après un lancement hésitant, l’intrigue pétarade et l’accélération est continue jusqu’au sprint final.

L’extrême éloquence et la formidable érudition de l’auteur font plaisir à voir et forment un exemple à suivre. Oui, les littératures de l’imaginaire doivent être mises en avant, car ce n’est pas seulement de l’invention pure : pour inventer, il faut déjà connaître, et Tim Powers se distingue admirablement par un habile mélange de personnages fictifs et existants, son terrain de prédilection, et notamment autour des figures du véritable lord Byron et du fictif William Ashbless (très importants pour le duo Tim Powers – James Blaylock).

En termes d’univers particulier, Tim Powers montre dans Les Voies d’Anubis qu’il sait vraiment y faire. Les voyages dans le temps sont abordés d’une façon très ingénieuse, créant de grandes possibilités mais formant de fortes contraintes pour ses usagers. Dans cette optique science-fictionesque, il insère quelques éléments de fantastique avec une magie insondable qui jette le doute dans nos esprits très cartésiens. Enfin, pour ne pas laisser la fantasy en reste, il réinvente carrément le mythe du loup-garou en le mêlant habilement à la mythologie égyptienne. Si ça, ce n’est pas du grand art ?!

Merci au passage à Bragelonne pour cette réédition somme toute évidente, nécessaire et attendue, malgré cet aspect cuivré apposé sur les pages qui peut paraître superflu et qui attire les marques sur le livre. Pour autant, cela complète parfaitement la collection « Tim Powers » que cette maison d’éditions est en train de nous fournir.

Un opus extrêmement dense et orgasmique, donc, qui ne se digère vraiment qu’après une deuxième lecture, en tout cas, ce sera le cas pour moi, et qui se clôt d’une manière très honorable et parfaitement aboutie. La couverture, elle-même, mêle à merveille les différents directions scénaristiques déjà évoquées et mieux vaut s’accrocher à toutes les branches pour pouvoir suivre l’intrigue dans sa profondeur comme dans son rythme effréné. Quel brio !

Autres critiques : Lullaby (Les Histoires de Lullaby)