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Titre : World War Z
Auteur : Max Brooks
Éditeur : Le Livre de Poche
Date de publication : 2010 (2006 pour la version originale)

Synopsis : La guerre des zombies a eu lieu, et elle a failli éradiquer l’ensemble de l’humanité. L’auteur, en mission pour l’ONU — ou ce qu’il en reste — et poussé par l’urgence de préserver les témoignages directs des survivants de ces années apocalyptiques, a voyagé dans le monde entier pour les rencontrer, des cités en ruine qui jadis abritaient des millions d’âmes jusqu’aux coins les plus inhospitaliers de la planète. Jamais auparavant nous n’avions eu accès à un document de première main aussi saisissant sur la réalité de l’existence — de la survivance — humaine au cours de ces années maudites. Prendre connaissance de ces comptes rendus parfois à la limite du supportable demandera un certain courage au lecteur. Mais l’effort en vaut la peine, car rien ne dit que la Ze Guerre mondiale sera la dernière.

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La guerre reste un sujet extrêmement sensible en Amérique, le peuple commence à gronder au moindre sentiment de défaite imminente. Je dis « sentiment », parce que la société américaine s’est construite sur le principe du quitte ou double. On y aime les triomphes, les gros coups, les KO au premier round. On aime que la victoire soit non seulement incontestable, mais dévastatrice.

Décidément, les histoires de zombies ont la cote en ce moment ! Surfant sur la réussite de « Walking Dead », un bon paquet d’auteurs se sont ainsi lancé ces dernières années dans le post-apocalyptique, certains avec succès, d’autres avec un résultat beaucoup plus mitigé. Si le « World War Z » de Max Brooks s’inscrit clairement dans cette même dynamique, l’originalité du mode de narration adopté par l’auteur en fait un roman un peu à part. Le principe de base reste le même (les morts reviennent à la vie, transforment l’ensemble de la population terrestre en leur garde-manger, plongeant ainsi la totalité du monde dans le plus complet chaos), sauf que cette fois, nous nous retrouvons dix ans après la fin des hostilités : les vivants sont tant bien que mal parvenus à triompher des morts et le monde commence peu à peu à retrouver un semblant d’ordre, malgré les traumatismes de la guerre. La terreur laisse alors peu à peu place au soulagement, puis aux questionnements : comment « l’épidémie » s’est-elle propagée ? Pourquoi les gouvernements ont-ils tant tardé à réagir ? Comment s’en est-on sorti en Europe, en Asie, aux États-Unis ? Afin de répondre à toutes ces questions, un journaliste se décide à récolter les témoignages de survivants de la « Zème guerre mondiale » issus de partout dans le monde et qui, chacun leur tour, nous relatent leur histoire, ajoutant ainsi leur pièce à ce vaste et complexe puzzle.

Bien que le roman m’ait laissé un sentiment très mitigé, force est de reconnaître que l’idée d’un aperçu à l’échelle mondiale ne manque pas d’attrait. L’action ne se limite ainsi pas aux États-Unis (cadre principal de la quasi totalité des histoires mettant en scène une apocalypse-zombie), Max Brooks nous faisant pour une fois découvrir les événements du point de vue du Japon, de l’Inde, de l’Afrique (quoi que très peu) ou encore de l’Europe (avec notamment un bref récit des résistances organisées à partir des châteaux ou fortins médiévaux comme celui de Fougère ou encore du mur d’Adrien). Outre cette variété de nations, on trouve également une grande diversité de situations : vous êtes-vous déjà demandé de quelle façon se déroulerait l’apocalypse sur une petite île comme Cuba, ou encore sur un navire, ou sous l’océan, dans les sous-terrains de Paris, dans l’espace… ? Les réponses apportées par Max Brooks témoignent de la fertilité de son imagination, et ne manqueront pas de séduire les amateurs de ce type d’histoire, habitués à des affrontements plus conventionnels en milieu urbain. Autre point positif : la possibilité offerte au lecteur d’avoir une vue d’ensemble du conflit, non seulement d’un point de vue géographique, mais aussi temporel. L’auteur retrace en effet la totalité de la chronologie de la guerre, des premières victimes aux premières victoires, en passant par l’erreur de la plupart des gouvernements de ne pas prendre l’affaire au sérieux, la longue période de panique et d’exode de population…

Le roman est toutefois loin d’être exempt de tout défaut. Le suspens, élément essentiel dans ce type de récit, est notamment totalement absent ici, puisque l’on sait déjà que les protagonistes interviewés s’en sont sortis. Quant à l’accumulation constante de points vue, si elle a effectivement son charme au début, elle finit toutefois par rapidement lasser le lecteur qui n’a jamais vraiment le temps de s’attacher aux personnages qui défilent à une vitesse vertigineuse. Ce manque d’empathie ressenti pour les survivants a fini par me donner l’impression de survoler ce conflit sans jamais vraiment le comprendre ni en saisir l’horreur, et ce malgré l’atrocité de certaines scènes qui m’ont souvent totalement laissé de marbre. L’un des autres gros reproches que l’on peut faire concerne le choix des personnes interviewées, car si l’auteur a bien su varier les points de vue au niveau territorial, il n’en est pas de même pour ses protagonistes. Beaucoup trop d’interviews sont notamment consacrées à des militaires qui nous noient souvent de termes très techniques liés à l’armement qui n’apportent pas grand chose au récit et finissent par devenir redondants. Les récits des civils se font pour leur part plus rares, or ce sont généralement les plus intéressants, qu’il s’agisse de cette famille américaine confrontée aux rigueurs du grand Nord ou encore de ces starlettes has-been qui, jusqu’au bout, tentent de jouer la carte de la célébrité. La lectrice que je suis regrette également le très faible nombre de points de vue féminin, pourtant là encore parmi les plus marquants.

Avec « World War Z » Max Brooks se distingue très nettement de ses petits camarades en nous proposant pour une fois une vue d’ensemble très appréciable du conflit. Il ne s’agit toutefois pas à mon sens d’un grand roman, mais plutôt de « littérature pop-corn » : divertissant sur le moment, oublié sitôt la dernière page tournée.

Autres critiques : Oriane (La Pile à Lire)