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Titre : Total Chaos
Auteurs : Jean-Bernard Pouy (« Scato intégriste »), Julien Heylbroeck (« Le goût amer des empanadas »), Vincent Herbillon (« Les oubliés »), Jilali Hamham (« 93 Panthers »), Éric Lainé (« Émeute »), Jérôme Verschueren (« Extrasystole »), Jean-Hugues Villacampa (« Samedi noir »), Robert Darvel (« On se revoit à la Saint-Truphème »), Dominique Delahaye (« Tir aux pigeons »)
Illustrateurs : Arro, Gérard Berthelot, Gregor
Éditeur : ImaJn’ère
Date de publication : 2013

Synopsis : Notre société n’a jamais attendu les prévisions apocalyptiques des fin-du-mondistes de tout poil pour concocter les pires atteintes aux droits fondamentaux de l’Homme et de l’imagination diabolique des hommes de pouvoir surprend chaque jour un peu plus le commun des mortels. La notion d’apocalypse ou de fin du monde se décline sous les formes les plus diverses selon sa propre perception du cataclysme ultime.

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Né avec une cuillère en argent dans la bouche. Mort avec un couteau en inox dans les couilles.

L’association ImaJn’ère, qui met en valeur les littératures populaires (thriller, polar et roman noir) et de l’imaginaire (science-fiction, fantastique et fantasy), consacrait cette année une de ses anthologies au Total Chaos, au thème de l’ « apocalypse sociétale », à travers neuf nouvelles misant tantôt sur le roman noir, tantôt sur le thriller. Ce thème apocalyptique fut choisi, semble-t-il, en réponse à cette fameuse fin du monde du 21 décembre 2012.

 

Dans Scato intégriste, Jean-Bernard Pouy égraine sa plume acide pour dépeindre les débordements inhérents à nos sociétés bien trop extrémistes et toujours plus anti-consensuelles. Avec Le goût amer des empanadas, Julien Heylbroeck délivre un court polar sur fond de révolution chilienne en 1973. Vincent Herbillon et ses Oubliés pointent du doigt les affres de la pollution et ses conséquences socio-économiques. Jilali Hamham choisit, dans 93 Panthers, de revisiter des Blacks Panthers version banlieue parisienne. Éric Lainé, quant à lui, crie à l’Émeute et développe brillamment le climat urbain que nous pourrions rencontrer prochainement si l’indifférence progresse encore. Jérôme Verschueren livre dans son Extrasystole un récit échevelé d’une extrême densité violente. Le Samedi noir de Jean-Hugues Villacampa est empreint d’un cynisme médiatique lourd. Robert Darvel nous lance un « On se revoit à la Saint-Truphème » plus qu’intrigant. Enfin, Dominique Delahaye joue au Tir aux pigeons sur fond de revendications désespérées.

On peut saluer le niveau d’ensemble de cette anthologie, même si une ou deux occurrences m’ont laissé de marbre. Chaque nouvelle nous place, d’une certaine façon, devant l’importance des médias très marqués par la possible fin du monde en 2012, alors que ce sont eux qui la créaient à trop en parler, et surtout sans aucun fondement. Ces textes sont marqués également par une extrême diversité dans l’approche du terme « apocalypse sociétale » et ce sont parfois les plus dérangeants qui se retrouvent être les meilleurs, car vraiment cruels de réalisme, notamment ceux qui se fondent sur des débordements d’émeutes très actuelles. Détournement des médias, folie passagère, trahisons, crimes collectifs : il y a de tout ici ! Enfin, nous pouvons également signaler que les dessins d’Arro, Gregor et Gérard Berthelot sont de bonne facture et tentent de coller au mieux à l’atmosphère de chaque nouvelle, même si certains sont un peu minimalistes.

Une anthologie pour dénoncer les affres de nos sociétés perverties et corrompues, qui vont vers toujours plus d’annihilation, vers un Chaos Total à plus ou moins brève échéance. Réjouissant, n’est-il pas ?