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Titre : La triste histoire des frères Grossbart
Auteur : Jesse Bullington
Éditeur : Panini (collection Eclipse)
Date de publication : 2013

Synopsis : « On n’est pas des voleurs, on n’est pas des assassins ; on est juste des gens de bien à qui on a fait du mal… » Nous sommes en 1364. Dans les sombres forêts de l’Europe du Moyen Âge, où toutes les horreurs sont présentes, aucune sorcière, aucun démon ne rivalise avec les jumeaux Hegel et Manfried Grossbart. Voici la triste histoire des frères Grossbart, triste, mais véritable. Dans ce récit, Jesse Bullington entraine les frères Grossbart dans une quête vers la lointaine Égypte et ses tombes emplies de richesses. Pieux, mais horriblement cruels, les frères meurtriers entament un macabre pélerinage sur les routes médiévales de l’Europe. En chemin, ils vont croiser brigands, sorciers et prêtres défroqués, volant et tuant selon leurs besoins. Vous ne trouverez point d’antihéros poignant chez nos Grossbart, mais des meurtriers sans âme. Accrochez-vous, ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains !
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Alors soyons des démons, hurla-t-il. Soyons la pestilence qui s’abat sur ceux qui supportent pareilles cruautés ! Semons le carnage et la désolation parmi les serviteurs de ce Dieu qui a réussi à mystifier le monde entier pour être vénéré. La vengeance sera notre nom et notre mission. Vengeance pour chaque enfant assassiné, pour chaque femme violée, pour chaque âme qui trime et souffre avec pour seule fin de voir ceux qu’elle a aimés pâlir et dépérir, souffrir et mourir. Pas d’absolution ! Pas de confession ! Pas de derniers sacrements ! Grossbart, nous venons vous chercher !

Voilà un roman bien atypique que cette « Triste histoire des frères Grossbart » de l’américain Jesse Bullington qui, pour son premier roman, opte pour un pari plutôt osé. Nous voilà donc plongé dans une Europe médiévale en tout point similaire à la nôtre, à ceci près que sorcières, démons et autres créatures malfaisantes y sont monnaie courante. C’est dans cet univers sombre et inquiétant que le lecteur fait connaissance avec les deux protagonistes, Hegel et Manfried Grossbart, jumeaux issus d’une longue lignée de pilleurs de sépultures en quête de ce qui, dans leur milieu, passe pour le must du must : les célèbres tombeaux d’Égypte. Violents, coléreux, crédules, parfois un peu sots, voleurs, assassins…, bref, les frères Grossbart de sont pas spécialement le genre de personnages que l’on envisage de suivre avec intérêt ou affection pendant plus de quatre-cents pages. Et pourtant, c’est presque malgré nous que l’on se laisse embarquer dans les aventures rocambolesques de ces jumeaux peu ordinaires qui s’estiment toujours dans leur bon droit et vouent curieusement un culte fervent à la Vierge Marie. L’un des principaux atouts du roman est donc, vous l’aurez compris, le soin apporté au traitement des deux protagonistes, personnages hauts en couleur bien éloignés de ceux que l’on a l’habitude de voir.

L’intrigue pour sa part n’est peut-être pas des plus complexe mais est parvenue sans mal à m’embarquer tant les rebondissements s’enchaînent à une grande vitesse, même si la lassitude m’a hélas un peu gagnée sur la fin. Il faut dire qu’entre leurs combats contre une manticore ou un loup garou, leurs confrontations avec des sorcières et des sirènes, sans compter tous les ennuis et les ennemis rencontrés en route, les frères Grossbart n’ont guère le temps de s’ennuyer, et nous nous plus ! Les amateurs de folklore médiéval (dont je fais partie) ne manqueront ainsi sûrement pas d’être ravis par les nombreuses références de l’auteur au bestiaire fantastique relatif à cette période ainsi que par l’ambiance très particulière qui se dégage de ce roman. Parmi les autres points forts on peut enfin saluer le très beau travail de traduction de Laurent Philibert-Caillat qui parvient efficacement à retranscrire le parlé très spécial des Grossbart dont certaines tournures de phrases ou expressions valent franchement le détour. A noter qu’au roman suit une bibliographie succincte ainsi qu’un bref entretien avec l’auteur qui nous explique en quelques lignes l’origine de sa démarche et nous dévoile ses principales sources d’inspiration.

Au final, « La triste histoire des frères Grossbart » se révèle être une découverte aussi originale que sympathique qui vous fera sans nul doute passer un bon moment de lecture. On peut une nouvelle fois se féliciter du retour du label Éclipse chez Panini qui a donné lieu début 2013 a plusieurs rééditions bienvenues, à commencer par ce roman de Jesse Bullington dont le parallèle effectué par certains avec Rabelais ou encore Tarantino me semble tout à fait approprié.