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Titre : L’héritage maudit
Série : Grant Morrison présente Batman, tome 1
Scénariste : Grant Morrison
Dessinateurs : Andy Kubert, J. H. Williams III et John Van Fleet
Éditeur : Urban Comics (DC Signatures)
Date de publication : 22 juin 2012 (2006 en VO, chez DC Comics)

Synopsis : Batman a déjà affronté Talia Al Ghul et son empire du crime à plusieurs reprises, mais leur lutte prend un tour bien plus personnel lorsqu’elle présente au héros le fils issu de leur union : Damian ! Malgré son jeune âge, il est déjà un assassin de renom et Tim Drake, alias Robin, ne tarde pas à en faire les frais ! Pour Batman, c’est le début d’une épopée qui va l’amener à revisiter toute son histoire et redécouvrir des alliés comme des ennemis passés.

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La victoire est dans la préparation.

Avec cet Héritage maudit datant de 2006, préparez-vous à vous mettre sur la route d’un run au très long cours qui ne s’achève qu’en 2013 avec la fin de Batman Incorporated !

 

Les hasards du marché de l’occasion font parfois bien les choses et c’est encore un bel ouvrage de chez Urban Comics qui m’est tombé dans la musette avec ce premier volume de Grant Morrison présente Batman. Dès son arrivée sur la publication du Chevalier noir, le scénariste écossais se permet une avancée de poids : introduire un nouveau personnage crucial pour l’avenir de Batman, son fils ! Ce Damian, fils de Bruce Wayne et de Talia Al Ghul (ça fait toujours plaisir de retrouver cette chère et ravissante Talia), est la clé de voute de ce premier volume et s’avère être tout bonnement stupéfiant. Malgré son jeune âge, il a, par son ascendance particulière et son entraînement intensif aux sciences du combat, tout du soldat parfait en devenir. Il se pose lui-même dans la peau du futur Batman.

À travers cet angle de la paternité retrouvé, Grant Morrison s’interroge sur l’héritage de Batman. Venant d’un monde bien différent de Gotham, Damian apparaît comme dérangé pour certains, trop violent pour d’autres, inadapté en tout cas pour la plupart. Évidemment, il est la jeunesse qui bouscule l’ordre établi. Et si on ne va pas encore beaucoup plus loin dans cette partie de scénario, les possibilités sont immenses pour faire évoluer ce personnage dans les chapitres à venir. À ceci, le scénariste ne résiste à utiliser sa plus ancienne méthode : piocher dans les vieilles histoires de la franchise, notamment de l’Âge d’Argent, pour recrée un univers cohérent au personnage. Ainsi, le passage au Club des Héros peut paraître à la fois décalé et délirant, mais se retrouve pleinement légitimé par l’usage qu’en fait Grant Morrison. Il faut donc aimer ressasser les vieux tuyaux, mais comme on dit « c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes ». Cela marche encore ici, même si un lecteur non aguerri pourra être perdu s’il ne fait pas attention ou ne prête pas garde aux indications de l’édition.

De son côté, le dessin de ce premier volume est vraiment complexe, car on enchaîne trois dessinateurs différents : tout d’abord, un excellent Andy Kubert qui colle parfaitement à l’ambiance folle produite par Grant Morrison ; puis, un J. H. Williams III de bonne facture se heurte, selon moi, à un univers encore trop réaliste pour imposer son trait nébuleux et chaotique, mais sait s’adapter à la situation (certains dessins sont très proches de ce qu’il fera sur Batwoman quelques années plus tard) ; pour finir, John Van Fleet fait ce qu’il peut dans l’histoire « annexe » qui termine cet opus (chapitre à peu près indépendant qui ressemble surtout à une histoire illustrée tellement Grant Morrison semble écrire une nouvelle complexe d’envergure), avec des détails intéressants mais difficile d’en dire davantage. Enfin, l’édition d’Urban Comics peut être qualifiée d’à peu près habile, car plutôt bien adaptée aux fans de la première heure très aguerris comme aux novices encore frais, même si lire du Grant Morrison est toujours complexe, d’autant plus quand les chapitres ne sont pas publiés dans l’ordre chronologique (*incompréhension chronique*). Les bonus sont très minimalistes, mais la publication de ces différents chapitres a déjà dû demander un investissement conséquent.

Un premier volume abordable, qui n’est pas exempt de défauts mais qui nous permet de voir le « Grand Grant » prendre définitivement le Batman en main et tenter d’y apporter sa marque de fabrique, piochant allègrement dans la longue continuité de Gotham, y trouvant ses qualités et ses défauts.