C1-Elfes-et-assassins[1]

Titre : Elfes et assassins
Anthologistes : Sylvie Miller et Lionel Davoust
Auteurs : Pierre Bordage (« La dernière affaire de Sagamor »), Raphaël Albert (« La seconde mort de Lucius Van Casper »), Nathalie Le Gendre (« La légende d’à peu près Punahilkka »), Anne Dugüel (« Le sourire de Louise »), Jean-Philippe Jaworski (« Le sentiment du fer »), Anne Fakhouri (« Du rififi entre les oreilles »), Rachel Tanner (« La nature de l’exécuteur »), Fabien Clavel (« Libera me »), Jeanne A. Debats (« Eschatologie d’un vampire »), Xavier Mauméjean (« Elverwhere »), Fabrice Colin (« Sans douleur »), David Bry (« J’irai à la clairière »), Johan Héliot (« Grise neige »)
Éditeur : Mnémos
Date de publication : 2013

Synopsis : Les elfes sont beaux, puissants, séducteurs ; ou bien sombres, dominateurs et effrayants… Dans l’ombre, les assassins se montrent froids, méthodiques, grisés par la chasse, mais ils sont parfois fragiles, rongés par le doute, ou encore poussés par une cause qui les dépasse. À travers toutes les nuances de la fantasy, médiévale, héroïque, urbaine voire post-apocalyptique, découvrez leurs aventures et leurs mystères, de la tragédie à l’humour, de l’épique à l’émotion – entrez dans la danse des Elfes et Assassins !

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Il y a un paquet de bonhommes qui ne peuvent pas encaisser les elfes. Certains les jalousent, d’autres les méprisent, personne ne les entrave. Beaucoup d’envieux sont tout simplement exaspérés par l’afféterie des mignards. Il n’y a pas à baraguiner : les elfes sont trop beaux. Trop gracieux. Trop diserts. Trop adroits. Trop vieux. Trop jeunes. Trop légers. Pour peu que vous ayez le museau ordinaire, la bedaine qui s’alourdit et l’âme cafardeuse, il y a de quoi grincer des dents. (Jean-Philippe Jaworski – Le sentiment du fer)

Cinquième anthologie parue dans le cadre du festival des Imaginales d’Epinal, « Elfes et assassins » nous propose de découvrir les textes de treize auteurs français, tous très réputés dans le monde des littératures de l’imaginaire, de Pierre Bordage à Fabien Clavel en passant par Xavier Mauméjean ou Fabrice Colin, qui se sont penchés sur ces deux personnages extrêmement ambiguës que tout lecteur de fantasy est amené à rencontrer de façon récurrente. Tout comme le précédent opus, « Reines et dragons », on retrouve Sylvie Miller et Lionel Davoust en tant que directeurs de publication, un duo qui fonctionne décidément remarquablement bien. La qualité est en effet au rendez-vous, et si certains textes se révèlent évidement plus réussis et plus marquants que d’autres, nous n’en avons pas moins affaire à un ouvrage très divertissant et jamais monotone ou répétitif. On retrouve ainsi avec plaisir dans quelque uns de ces textes l’univers de certains auteurs comme le Vieux Royaume de Jean-Philippe Jaworski ou encore la ville enchantée de Panam de Raphaël Albert, tandis que d’autres optent pour un cadre plus contemporain, uchronique, historique, ou encore fantastique.

Sans grande surprise, la nouvelle la plus aboutie de l’anthologie reste en ce qui me concerne celle de Jean-Philippe Jaworski (« Le Sentiment du fer ») dont le talent n’est plus à prouver mais qui parvient encore et toujours à surprendre. On y retrouve la ville de Ciudalia, décor de son premier roman « Gagner la guerre », dans laquelle on suit les péripéties d’un Chuchoteur (célèbre guilde d’assassins) chargé d’une bien curieuse et périlleuse mission sur fond de complots politiques. Du rythme, un style percutant, des retournements de situation inattendus…., les ingrédients restent les mêmes et encore une fois cela fonctionne. Parmi les textes les plus mémorables figurent également ceux d’Anne Dugüel, également connue sous le pseudonyme Gudule, (« Le sourire de Louise »), histoire glaçante d’un amour fusionnel entre une mère et sa fille qui tourne à la tragédie, ou encore de Jeanne A. Debats (« Eschatologie d’un vampire ») qui possède décidément un style très direct, bourré d’humour et d’ironie, qu’elle met au service d’une histoire originale et d’un personnage haut-en-couleur. D’autres nouvelles méritent également le détour, que ce soit pour la poésie et la profonde mélancolie qu’ils dégagent (« Sans douleur » de Fabrice Colin et « Grise neige » de Johan Héliot), ou au contraire pour leur humour ravageur (« Du rififi entre les oreilles » d’Anne Fakhouri).

Que ce soit par le biais de la tragédie, de l’horreur, de l’épique ou de l’humour, les treize nouvelles proposées dans cette anthologie ne manqueront pas de ravir les amateurs de fantasy qui auront le plaisir de se plonger dans les textes inédits de ces grands auteurs qui auront été particulièrement inspirés par le thème de cette année 2013. Voilà un bien bel hommage rendu à ces deux figures particulièrement représentatives du genre que sont l’elfe et l’assassin.

Voir aussi : Rois et capitaines ; Magiciennes et sorciers ; Victimes et bourreaux ; Reines et dragons ; Bardes et sirènes

Autres critiques : Célindanaé (Au pays des cave trolls)